de quoi on parle

On lit, dans un site maçonnique français, cette surprenante notice d’introduction :
Notre Grande Loge, « d’inspiration traditionnelle et laïque », prône la liberté absolue de la conscience et « l’éloge d’un travail désintéressé » au service de toute l’humanité…
Tous les goûts sont dans la nature et il n’y a rien à dire puisqu’ils existent, autre chose est de tout mélanger : la laïcité et l’esprit moderne dont elle procède sont anti traditionnels, quant au travail en Loge il est forcément intéressé puisqu’il est à la base de l’initiation qu’elle dispense.

« et tes désirs te porteront vers ton mari,

mais il dominera sur toi ». Ces désirs sont de deux ordres, couramment, ainsi que le mari, désir sensuel, mari de circonstances ; ce n’est pas de cela que parle la Genèse biblique, c’est plutôt du désir de connaissance de l’homme originel.

Il est question de l’« homme » et de la « femme » qui ne sont pas encore Adam et Ève ; l’homme se nommera lui-même Adam et il nommera sa femme un peu plus loin dans le récit. Il s’agit donc du masculin-actif et du féminin-passif qui sont nécessairement en tout être – l’« homme noble » de Maître Eckhart -, et non de l’homme et de la femme actuels qui les représentent symboliquement.

Toute la métaphysique chrétienne ou autre est contenue dans ce verset qui intéresse les termes opposés et complémentaires que sont le Ciel et la Terre, que l’on retrouve, dans toutes les traditions spirituelles, à tous les degrés de la grande hiérarchie universelle, de l’homme et la femme ordinaires à l’Infini et la Possibilité universelle.

Le désir de connaissance est féminin de caractère et la connaissance à laquelle la femme aspire est la réalisation de l’homme originel, créé « homme et femme », à l’image de Dieu ; c’est par cette femme-là que l’homme accède à l’homme noble.

bonne Année

Le nouvel an, c’est le jour de Noël, naissance sur la terre de celui qui est dans le ciel de toute éternité et il en a toujours été ainsi depuis la nuit des temps.

Selon que l’année commence le 25 décembre ou le 1er janvier, le décalage exprime deux visions du monde qui, fait de main divine, sacré de ce fait même, est considéré comme participant ou non de sa cause.

Quoiqu’il en soit, bonne Année à tous, sans distinction de quoi que ce soit puisque toute créature est nécessairement un Noël vivant.

Noël !

Dieu a envoyé son fils unique chez les hommes afin que les hommes deviennent Dieu, selon l’adage du moyen âge, cela est valable non pas une fois seulement dans l’année au pied du sapin, mais à tout moment ; chaque instant qui passe modifie l’être qui de la sorte est toujours un être nouveau : il n’est plus ce qu’il était, il n’est pas encore ce qu’il sera. C’est la naissance éternelle du Fils en l’homme, sur la terre et dans le ciel, celui-là même qui est là lorsque le Père les fait, celui qui donne l’être justement, la vie et le mouvement.

Il n’y a ni progrès ni régression en l’être, seules existent ses modifications successives qui n’affectent que son incarnation, c’est cela que l’on fête et qui rappelle son éternité. Noël est donc le renouveau permanent que l’on cherche parfois à corps perdu alors qu’il est là, depuis toujours et à jamais.

Noël ne varie pas, il n’y a que les cœurs pour le recevoir ; ouverts ou fermés, c’est lui en tant que Verbe qui s’en charge, le Fils y est toujours présent.

l’« outrenoir » et Pierre Soulages

La théologie apophatique trouve une illustration dans l’œuvre de Pierre Soulages : ce que Dieu n’est pas, son obscurité,  fait appel au noir, à l’inconnaissance qui le caractérise. C’est ce qu’enseigne Denys, en contrepoint : tout ce qui se dit de Dieu, sur Dieu, est faux parce qu’incomplet. Dieu n’est donc pas plus lumière que ténèbres, il n’est pas, tout simplement, en ce sens qu’un principe ne s’implique en rien dans sa manifestation, sans quoi il n’est plus un principe ; l’humanité du Christ ne touche en rien sa divinité, ou, le totus homo totus deus est sans mélange, c’est pourquoi la doctrine ne les confond absolument pas.

Le noir domine parce qu’il fait allusion à sa façon à la Réalité (à l’Infini, à la « déité » de Maître Eckhart), de qui rien ne s’extrait, en qui rien ne pénètre ; le noir « intégral » permet de s’en faire une idée, et comme il serait vain de nier le monde actuel, partiel et transitoire, Soulages l’esquisse dans une réserve en blanc, sachant que le monde n’existe que par rapport à lui-même.

un curieux phénomène

Très curieux cette obsession de la lumière, chez les théologiens d’une façon générale et les « néo spiritualistes » ; il faut bien donner un nom à cette sorte de quête sans fondement réel, dans cette union de la carpe et du lapin. Ce phénomène contribue pour une grande part à la tentation dualiste à laquelle les occidentaux sont si sensibles et au vertige intellectuel qu’elle entraîne avec lui : le bien et le mal sont considérés comme irréductibles, de sorte que la lumière passe pour bénéfique à tous égards et les ténèbres pour le mal absolu, ce qui est en contradiction avec la pensée chrétienne. La lumière, le « fiat lux », serait-elle la manifestation du mal, Dieu tirerait le monde actuel du mal absolu !…

Jean 6 ; 39,40

« Or, la volonté de celui qui m’a envoyé, c’est que je ne perde rien de ce qu’il m’a donné, mais que je le ressuscite au dernier jour. La volonté de mon Père, c’est que quiconque voit le Fils et croit en lui ait la vie éternelle ; et je le ressusciterai au dernier jour. »

Le Fils ne perd rien de ce qui lui est donné et le restitue à qui de droit  au dernier jour ; on se demande ce que vient faire la morale là dedans, punitions et récompenses, puisqu’il suffit de croire en Lui pour être sauvé.

quelle Genèse !

Des spécialistes de la Bible divisent la Genèse en deux parties distinctes, dites respectivement « P » et « J » ; elles concernent les premiers chapitres : (P) Prêtres (de I à II,4) – Histoire schématique du peuple d’Israël et Code sacerdotal. Charte du Judaïsme, conçue selon l’idéel du clergé (VI – Ve s.), et (J) Jéhoviste (de II,4 à IV,24) – Le grand document de l’Histoire Sainte, écrit selon l’idéal Jéhoviste des prophètes, probablement en Judée (X – IXe s.).

Il y a bien deux parties distinctes en effet mais il s’agit incontestablement d’une seule et même tradition ; que la seconde soit la plus ancienne, selon la chronologie, pourquoi pas mais on en doute, cela ne change rien il n’y a que les archéologues pour s’en formaliser, par contre le découpage est significatif d’une sorte de mise à jour : P serait un exposé des premiers jours, « édénique », global, et J son développement, II,4 et suivants venant préciser P sur de nombreux points, dont celui du processus de la Chute.

Genèse 3,20

« Adam donna à sa femme le nom d’Ève : car elle a été la mère de tous les vivants ».

Adam se nomme lui-même puis il nomme sa femme lorsque tous deux entrent dans le monde actuel, dans le temps et dans l’espace terrestre ; en se nommant ils existent en tant qu’individus.

Qui veut quoi ?

Les grâces divines interviennent parfois en dehors de toute logique ou même hors de propos comme bénéficiant indistinctement aux meilleurs et aux pires des individus ; à ce point que bien souvent on ne les comprend pas, et pourtant elles répondent à des situations données, qu’elles nous servent ou nous nuisent – les desseins de Dieu sont insondables, ne dit-on pas ? Pourquoi, alors, faire sa vie, s’améliorer spirituellement, s’enrichir financièrement, pourquoi s’imposer au monde ou disparaître de sa vue, à force d’orgueil ou d’humilité, si ce n’est pour accomplir son propre destin ?

Or, comme le disent les Pères et les Maîtres, ce n’est pas moi qui veux ceci ou cela, c’est Dieu qui veut pour moi ; la sagesse voudrait donc que je ne veuille rien. Cela ne m’interdit pas d’agir dans tel et tel but, plus ou moins avouable, mais si je ne garde pas à l’esprit que je ne suis que son agent, son serviteur, tout ce que je fais n’a aucun sens. L’expression « si Dieu le veut » dit bien de quelle sorte de soumission il s’agit et l’acte prend alors tout son sens, indépendamment de la morale et de la bienséance car il est conçu comme exprimant la volonté divine ; si tu ne comprends pas cela, dit Maître Eckhart, ce n’est pas grave, suis ta route et en effet, c’est toujours Dieu qui veut.

Mathieu 22,10

« Les serviteurs allèrent sur les chemins, rassemblèrent tous ceux qu’ils trouvèrent, les mauvais comme les bons, et la salle de noce fut remplie de convives. »

Dans cette description du monde actuel où tout le monde a sa place, n’en déplaise, on ne sait pas très bien parmi les convives qui sont les bons, qui sont les mauvais ; bien malin celui qui en déciderait !

les marchands du Temple

Lorsque Jésus chasse les marchands du temple ce n’est pas eux en tant que tels qu’ils renvoient, c’est le mélange de genres qu’il dénonce, le mélange de la foi et du commerce qui nie l’un et l’autre.

Le Ciel, que le temple représente sur la terre, est le lieu où tout est en acte, aucune distinction ne s’y remarque, Jésus ne fait donc que rappeler cela ; d’ailleurs, il le dit lui-même, il y a un temps pour tout et chacun, hors du temple, est libre de choisir ce qu’il veut.