l’araignée médiatrice

dreamcatcher

« Un soir de pleine Lune, un chamane de la tribu des Sioux Lakota, quitta son village pour se rendre sur le territoire des esprits. Seul, il emprunta un canoë pour remonter la grande rivière jusqu’aux rapides, là où les eaux étaient si agitées que la navigation devenait impossible. Il abandonna alors son embarcation sur une plage de galets et continua à pied, en suivant le cours du ruisseau jusqu’à sa source. Quand il fut enfin arrivé à destination, après de longs efforts, il découvrit un arbre grand et majestueux qui dominait toute la forêt. Il se rapprocha pour le contempler de plus près lorsqu’il entendit une voix qui venait du feuillage haut dans l’arbre. Elle lui indiqua qu’il se trouvait au pied du légendaire « arbre à souhaits ». Le chamane grimpa aux branches jusqu’au faîte de l’arbre afin de découvrir qui se cachait derrière cette voix invisible. Il y trouva une grande araignée installée dans les plus hautes branches de l’arbre. Stupéfait, il n’osait plus bouger. Elle lui demanda alors de prendre une branche pour en faire un cerceau. Il s’exécuta et prit une branche qu’il courba et attacha avec quelques-uns de ses cheveux. L’araignée se rapprocha du chamane et tissa une délicate toile à l’intérieur du cerceau en bois.
Lorsqu’elle fut achevée, l’aurore était apparue. L’araignée annonça alors au chamane que sa vie ici-bas n’était pas terminée et qu’il devait retourner dans son village. Avant de partir, il lui demanda quels étaient le nom et l’utilité de cet étrange cadeau. Elle lui répondit qu’il se nommait « capteur de rêve » (attrape-rêve, dreamcatcher) et qu’il servirait à protéger son village. Elle lui révéla également que les rêves étaient des messages que nous envoyaient les esprits, qu’ils soient bons ou mauvais. Pendant la nuit, grâce au « capteur de rêve », les bons rêves passeraient maintenant par le trou situé au centre de la toile afin d’influencer la vie du rêveur, lui apportant chance, bonheur et harmonie tout au long de sa vie. Les mauvais rêves, quant à eux, seraient dorénavant retenus durant toute la nuit dans la toile, et aux premières lueurs du jour, ils fonderaient comme neige au soleil, n’affectant plus la vie du rêveur…
»

Avec l’aimable autorisation de « L’aube naissante », site internet de J.M. Montsalvat, article : « Dreamcatcher » du 11 janvier 2021 ; Source : site internet lepetitalgonquin.ch   


Le symbolisme de l’araignée, en associant les cheveux, « antennes » du cerveau, avec lesquels l’homme relie les deux bouts du cerceau, et des fils de l’araignée, fait ressortir le lien entre le monde corporel et le monde subtil ; ainsi la transmission du rêve, des esprits vers les mortels, soit du haut vers le bas, se fait par l’intermédiaire de l’araignée ; le passage du meilleur par le centre (de la toile) est la preuve d’une authentique tradition.

Curieusement, ce symbolisme est négatif, en Occident : « Araignée, insecte odieux… » ; ce n’est pas général. Dans l’iconographie ancienne, elle représente le plus souvent le démon de la luxure, la prostituée séductrice et provocatrice et on trouve encore, au 19ème s., une gravure représentant une femme nue au centre d’une toile d’araignée, sous le titre de la « Séductrice ». Image de la fragilité humaine, elle est de plus un emblème des doctrines hétérodoxes.  Sa toile représente les œuvres vaines : « Priez pour nous personnellement afin que nous ne soyons pas surpris à tisser des toiles d’araignées », au 5ème s., tout cela ne nous rapproche pas du conte indien, or, on sait que tout symbolisme envisage nécessairement une chose et son contraire, ce qui n’est pas ici le cas. Nous avons un diable bien à nous que personne ne nous envie (René Guénon), en oubliant que Satan est aussi le maître du beau et du bien, celui qui, à l’Origine, dans l’Arbre de la connaissance du bien et du mal, justement, tente l’homme. Comme l’araignée forme sa toile de sa propre substance, l’être subtil humain prend des formes diverses non corporelles, et c’est en cela qu’elle est productrice ou fait passer nos rêves, sans que l’on ait à en juger en quoi que ce soit.

Enfin le parallèle du rêve et des influences spirituelle est à peine voilé, en tout cas il s’impose à l’imagination car il n’est vraiment de traditions que celles qui « organisent » ou mettent en forme le lien entre la terre et le ciel. Or, le passage du bas vers le haut n’est possible et n’a de sens que si celui du haut vers le bas, qu’assure l’araignée, est effectif – rien ne va au ciel qui n’en provienne, autrement dit, ce qui est en haut est comme ce qui est en bas. L’araignée est créatrice et en cela nous ne devons rien lui retenir.

le culte de l’auteur détruit son œuvre

Le gardien de but concentre toute son attention sur le ballon, de même que seule compte la parole ; celui qui fait ou parle n’est qu’un agent dans la foule anonyme, il n’est même pas nécessaire qu’il sache ce qu’il fait, car seul le résultat compte.

Cela ne va plus lorsque, à l’inverse, on reporte toute son attention sur l’auteur, le buteur, l’architecte… qui a beau se prendre au sérieux : il ne sera jamais qu’un agent du Tout Puissant ; les artistes du moyen-âge ne signaient pas leurs œuvres. Qui connait l’Apôtre Jean, ou les auteurs des Védas, quelle importance ont-ils à côté de leurs écrits !

les deux visages de l’âme

« Les maîtres disent que l’âme a deux visages, et le visage supérieur contemple Dieu en tout temps, et le visage inférieur regarde vers le bas et informe les sens; et le visage supérieur, c’est ce qui de l’âme est le plus élevé, cela se tient dans l’éternité et n’a rien à faire avec le temps, et ne sait rien ni du temps ni du corps; et j’ai dit parfois qu’en cela se trouve cachée comme une origine de tout bien et une lumière qui luit, qui luit en tout temps, et comme un brasier ardent qui arde en tout temps, et le brasier n’est rien d’autre que le Saint Esprit. Les maîtres disent que de la part supérieure de l’âme fluent deux puissances. La première se nomme volonté, la seconde intellect, et la perfection de ces puissances tient à la puissance supérieure qui s’appelle intellect, qui jamais ne peut entrer en repos. Elle ne veut pas Dieu en tant qu’il est le Saint-Esprit et en tant qu’il est le Fils. Elle ne veut pas non plus Dieu en tant qu’il est Dieu. Pourquoi? Là il possède un nom, et s’il y avait mille dieux elle fait d’autant plus sa percée, elle le veut là où il n’a pas de nom: elle veut quelque chose de plus noble, quelque chose de meilleur que Dieu en tant qu’il a nom » (Maître Eckhart).

sur le déroulement et la fin du Kali-Yuga

Copie d’une lettre de Jean Duprat à J. G., du mois de décembre 1991.

Au cours de notre conversation téléphonique, j’ai fait allusion à une recherche entreprise sur le déroulement et la fin du Kali-Yuga. Vous m’avez posé une question à laquelle la réponse abrupte donnée (2033) était une mauvaise réponse, par le fait qu’elle était abrupte ; la date indiquée doit être envisagée, avec l’ensemble des périodes plus ou moins longues qui l’accompagnent, comme un support symbolique. Dans le cas contraire une démarche de ce genre devrait être considérée comme relevant de la simple curiosité, c’est-à-dire  d’une attitude qui à la limite prend un caractère luciférien. En réalité je situe ma recherche dans une conception cosmologique plus vaste, dont cette démarche figure certains aspects. Existentiellement le symbole n’est pas la réalité qu’il représente, bien qu’essentiellement il soit cette réalité. C’est pour négliger ce second point que la Sémantique générale de Korzibsky est condamnable.

Nous sommes invités à scruter les signes des temps : « comme le figuier annonce l’été de même, vous aussi, quand vous verrez tout cela, sachez que le Fils de l’homme est proche, qu’Il est à vos portes » (Matt. 24, 32 et 33).

Toutefois, prétendre fixer une date précise pour la fin des temps est illusoire car, aussitôt après, un avertissement solennel est donné : « Mais ce jour et cette heure nul ne les connaît, ni les anges des cieux, ni le Fils, ni personne sinon le Père et lui seul (Matt. 24,36).

En se basant sur les cycles cosmiques, sur les ères traditionnelles et sur la date de certains événements historiques il est cependant possible de déterminer des dates se rapportant à la fin du cycle actuel. Il convient de les considérer seulement comme des symboles figurant une période que nous ne pouvons définir, ou plus exactement des ensembles d’événements en résonance, qui correspondent à des fins de cycles plus ou moins importants, éventuellement englobés les uns dans les autres, éventuellement se succédant selon une perspective qui en superpose la vision. C’est dans cet esprit qu’une date donnée pour la fin du Kali-Yuga doit être comprise.

L’essentiel a été rassemblé dans un schéma qui se suffit à lui-même. Dans la partie supérieure est figurée le Kali-Yuga et les trois signes zodiacaux parcourus par le point vernal au cours de son déroulement (d’après R. Guénon).

Hipparque a calculé que le point vernal quittait le cycle du Bélier pour entrer dans celui des Poissons en l’an 128 avant Jésus-Christ. 127 ans prennent donc place entre cette date (exterius terminus a quo) et l’an 1 de l’ère chrétienne (exterius terminus ad quem). L’an 128 avant Jésus-Christ est donc l’an 4320 du Kali-Yuga puisqu’il marque la fin du second des trois signes zodiacaux qui le constituent. L’an 1 de l’ère chrétienne correspond donc à l’an 4448 du Kali-Yuga (4320+127+1). Par ailleurs nous savons qu’il coïncide pour sa plus grande part avec l’an 3761 du calendrier israélite. Il en résulte que 687 ans du Kali-Yuga se sont écoulés avant que ne débute l’ère juive 4448-3761=687). L’an 1 de cette dernière coïncide avec l’an 688 du Kali-Yuga. On peut s’étonner du fait que le début de ce calendrier ne coïncide pas avec celui de l’« âge sombre », ou à la rigueur qu’il ne commence pas juste après que ce soit écoulé le premier tiers (=720 ans) du premier signe, celui du Taureau, soit 33 ans plus tard. Ni 687, ni 688 ne sont des nombres cycliques, et à première vue ils ne paraissent pas significatifs. On est en droit d’éprouver le même étonnement du décalage de 127 ans qui sépare le début de l’ère chrétienne de celui du signe des Poissons. Nous verrons que ces différences conduisent à des rapprochements intéressants.

Mais il faut auparavant faire intervenir un autre élément, celui qui concerne la position du Millenium, telle qu’elle a été définie par René Guénon (je n’ai pas retrouvé la référence, êtes-vous en mesure de me la communiquer ?). Cette période est située entre l’édit de Milan (313) proclamé par Constantin le Grand, et l’abolition de l’Ordre du Temple. Pour fixer le terminus ad quem une hésitation est autorisée. Le coup de force de Philippe le Bel date de 1307. L’Ordre fut supprimé (sans être condamné) par Clément V en 1312. Le procès s’est déroulé de 1308 à 1314, année des supplice de Jacques de Molay et de Geoffroy de Charnay. Il semble qu’il convienne de prendre pour terminus a quo (extra) 313, et pour terminus ad quem (extra) 1314. Le « Millenium » comprend alors la période s’étendant de 314 inclus à 1313 inclus, soit 1000 ans exactement. On constate alors que :

– la dernière année du Kali-Yuga (6480) correspond à l’an 2033 de l’ère chrétienne et 5793 de l’ère israélite.

– de 1314 (internus terminus a quo) à 2033 (internus terminus ad quem) s’écoulent exactement 720 ans, nombre cyclique correspondant au dernier tiers du signe des Poissons, ou à la neuvième partie du Kali-Yuga.

– 2033 ans comporte 107 cycles de Méton (107 x 19 = 2033) – tous les 19 ans  les phases de la lune reviennent aux mêmes dates – ce qui fait 108 années identiques de la première à la dernière. 108 est un nombre cyclique : c’est la soixantième partie de 6480 (ou le vingtième de 2160). Cette coïncidence est plus symbolique que réelle en raison d’une légère inexactitude du cycle de Méton.

–  Les 127 années qui précèdent dans les Poissons le début de l’ère chrétienne constituent (à une unité près) la 17ème partie du signe. On retombe donc sur un nombre cyclique d’années très significatif par une opération de type jubilaire :

(127 x 17) + 1 = 2160

Opération analogue à :

(7 x 7) + 1 = 49 + 1 = 50

(7 x 17) + 1 = 119 + 1 = 120 (nombre cyclique)

(7 x 77) + 1 = 539 + 1 = 540 (nombre cyclique)

L’ère chrétienne poursuivie jusque à la fin du Kali-Yuga comporte donc :

(127 x 16) + 1 = 2032 + 1 = 2033 ans ce qui donne à la dernière année un caractère « à part » qu’on la considère dans le cycle chrétien de 2033 ans ou dans le cycle des Poissons tout entier de 2160 ans.

Les 33 dernières années du cycle sont mises en évidence tout d’abord par le simple fait qu’elles constituent le début du troisième millénaire de l’ère chrétienne, ce que le nombre 2033 fait apparaître. Mais on doit remarquer également que l’an 2000 correspond à l ‘an 5760 du calendrier hébraïque, ce qui est un nombre cyclique (= 48 x 120 = 8 x 720) dont la valeur représente les 8/9 du Kali-Yuga (rapport d’une seconde majeure en musique). Cela est possible en raison du décalage de l’ère hébraïque par rapport au Kali-Yuga. Ces 33 ans doivent de ce fait être mis en rapport avec la tradition juive dont ils viennent couronner le déroulement à la manière de l’année jubilaire amenant à la plénitude d’un renouveau la période qu’elle conduit à son achèvement. Selon  ce point de vue ces années symbolisent la période de « conversion » d’Israël, c’est-à-dire la reconnaissance par ce dernier de Jésus Messie et Fils de Dieu.

On remarquera par ailleurs que ces 33 années répercutent en fin de cycle les années de la vie terrestre du Christ. Elles symbolisent le de la vie de l’Antéchrist qui « singera » le Seigneur. D’autre part la séquence 687 + 33, qui divise le premier neuvième du Kali-Yuga, se reproduit dans le dernier neuvième, entre la fin du Millenium et la fin du cycle tout entier. Il s’agit dans ce dernier cas du temps au cours duquel  le Dragon, l’antique Serpent doit être relâché, après avoir été enfermé dans l’abîme (Apoc. 20,3). On peut trouver une préfiguration de cette période dans les années qui ont précédé la Nativité du Seigneur. L’an 687 avant Jésus-Christ, 560 ans (8 x 70, ou 14 x 40) avant l’ère des Poissons (3761 du Kali-Yuga, 3074 du calendrier israélite) vit l’avènement de Manassé, fils d’Ezéchias, quatorzième successeur de Salomon sur le trône de Juda (après le schisme) dont le règne impie préfigura la libération du Dragon – pour un temps car, déporté, il se convertit et fut libéré. L’oraison qui lui est attribuée (non canonique mais figurant dans les annexes de la Vulgate) en témoigne: « … Et nunc flecto genu cordis mei, precans a te bonitatem. Peccavi, Domine, peccavi… ».

Nous avons vu précédemment que la dernière année du Kali-Yuga présentait un caractère « à part » : elle symbolise le temps de la seconde venue du Messie : « Comme l’éclair part du levant et brille jusqu’au couchant, ainsi en sera-t-il de l’avènement du Fils de l’homme » (Matt. 24,27). Ce second avènement , fulgurant dans le temps, est figuré par une seule année, qui est en résonance avec la Pâque du Seigneur, l’an 33 de notre ère.

Je disais au début que nous ne pouvons retenir de ces considérations que des symboles. Un élément important paraît écarter une interprétation littérale : « Je vis un ciel nouveau et une terre nouvelle… » (Apoc. 21,1). Or il semble que la fin du présent Manvantara, le septième du Kalpa, se situe au milieu de ce dernier. Les Manavantaras futurs doivent correspondre en sens inverse à ceux qui se sont écoulés. L’ordre d’apparition des sept Dwipas (=  « régions », c’est-à-dire états du monde) étant inversé, le dernier Dwipa des cycles précédents (notre terre actuelle) doit être le premier du cycle suivant (R. Guénon, Formes traditionnelles et cycles cosmiques). Par suite le passage des Poissons au Verseau, que l’on peut situer en 2033/2034, ne comporte pas l’apparition d’une « terre nouvelle », et ne coïncide pas avec les événements rapportés dans le verset de l’Apocalypse cité ci-dessus.

« L’idée d’« émanation »

est proprement celle d’une « sortie » ; mais la manifestation ne doit en aucune façon être envisagée ainsi, car rien ne peut réellement sortir du Principe ; si quelque chose en sortait, le Principe, dès lors, ne pourrait plus être infini, et il se trouverait limité par le fait même de la manifestation ; la vérité est que, hors du Principe, il n’y a et il ne peut y avoir que le néant. Si même on voulait considérer l’« émanation », non par rapport au Principe suprême et infini, mais seulement par rapport à l’Être, principe immédiat de la manifestation, ce terme donnerait encore lieu à une objection qui, pour être autre que la précédente, n’est pas moins décisive : si les êtres sortaient de l’Être pour se manifester, on ne pourrait pas dire qu’ils sont réellement des êtres, et ils seraient proprement dépourvus de toute existence, car l’existence, sous quelque mode que ce soit, ne peut être autre chose qu’une participation de l’Être ; cette conséquence, outre qu’elle est visiblement absurde en elle-même comme dans l’autre cas, est contradictoire avec l’idée même de la manifestation. »

René Guénon.

pour l’amour de Dieu !

Est-il une chose qui serait plus importante que l’« amour de Dieu » ! L’amour dont il s’agit, à vrai dire, est un lieu indéterminé, inconditionné, éternel, le lieu unique où tout est en repos et que symbolise le cœur. Paul en parle en ces termes dans sa Lettre aux Éphésiens: « Je prie que vous soyez enracinés et fondés dans l’amour pour être capables de comprendre avec tous les saints quelle est la largeur, la longueur, la profondeur et la hauteur de l’amour du Christ » (3;16/18).

L’« amour de Dieu », c’est le Cosmos que Christ anime dans toutes ses directions, il est ce « lieu » dont il est dit : « Rappelle-toi d’où tu es tombé » (Apoc. : 2 ; 5). Or, pour aimer il faut être deux, mais là où est deux, dit Maître Eckhart, un doit disparaitre car Dieu seul est Un, c’est encore ce que dit Jean : « afin que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et comme je suis en toi, afin qu’eux aussi soient un en nous, pour que le monde croie que tu m’as envoyé » (17 ; 21).

L’« amour de Dieu » a nom Miséricorde, Rigueur…, il est Un, sans partage.

de Néandertal à Cro-Magnon

L’homme de Cro-Magnon dit « homme moderne » est apparu en Occident il y a 40 à 30000 ans, il est contemporain, durant quelques milliers d’années, de l’homme de Néandertal qui l’y avait précédé. Il y a, dans la rencontre de ces deux hommes, une trace symbolique de la transmission de la tradition primordiale et il est fort probable à cet égard que la pierre comme outil ait participé du témoignage entre le premier et le deuxième Âges de cette humanité ; on pourrait faire la même remarque à propos des peintures et des gravures, sachant l’antériorité des figurations géométriques simples sur de plus « artistiques », complexes, tout aussi susceptibles de transmettre la connaissance.

le Ciel est ton père, la Terre est ta mère.

« Le Ciel est son père, la Terre est sa mère » : telle est la formule initiatique, toujours identique à elle-même dans les circonstances les plus diverses de temps et de lieux, qui détermine les rapports de l’Homme avec les deux autres termes de la Grande Triade, en le définissant comme le « Fils du Ciel et de la Terre ». Il est d’ailleurs manifeste déjà, par le fait même qu’il s’agit d’une formule proprement initiatique, que l’être auquel elle s’applique dans la plénitude de son sens est beaucoup moins l’homme ordinaire, tel qu’il est dans les conditions actuelles de notre monde, que l’« homme véritable » dont l’initié est appelé à réaliser en lui-même toutes les possibilités. Il convient cependant d’y insister un peu plus, car on pourrait objecter à cela que, dès lors que la manifestation tout entière est et ne peut être que le produit de l’union du Ciel et de la Terre, tout homme, et même tout être quel qu’il soit, est également et par là même fils du Ciel et de la Terre, puisque sa nature participe nécessairement de l’un et de l’autre ; et cela est vrai en un certain sens, car il y a effectivement dans tout être une essence et une substance dans l’acception relative de ces deux termes, un aspect yang et un aspect yin, un côté « en acte » et un côté « en puissance », un « intérieur » et un « extérieur ». Pourtant, il y a des degrés à observer dans cette participation, car, dans les êtres manifestés, les influences célestes et terrestres peuvent évidemment se combiner de bien des façons et en bien des proportions différentes, et c’est d’ailleurs ce qui fait leur diversité indéfinie ; ce que tout être est d’une certaine manière et à un certain degré, c’est seulement l’Homme, et par là nous entendons ici l’« homme véritable », qui, dans notre état d’existence, l’est pleinement et « par excellence », et c’est lui seul qui a, parmi ses privilèges, celui de pouvoir reconnaître effectivement le Ciel comme son « Véritable Ancêtre ». (René Guénon, La grande Triade)


« Noël! »

Noël, c’est la naissance de Dieu dans l’âme.

Le cri du moyen-âge, « Noël, Noël ! », annonce cette naissance à soi-même qu’hommes et femmes se souhaitent mutuellement dans la joie de la crèche : Dieu naît parmi les hommes, il naît en l’homme, ici et maintenant.

la « lumière » contre les « ténèbres »!

C’est un peu comme si l’on opposait le jour et la nuit : qui sortirait vainqueur d’un tel combat, sachant qu’ils sont inséparables et même que l’un ne peut être sans l’autre, qu’ils s’annoncent l’un l’autre. Le drame de ce monde est là, dans une lutte obsessionnelle qui, n’ayant pas d’objet réel, tourne à la folie pure et simple. La solution n’est pas dans l’élimination d’un des facteurs, elle est dans la résolution de leur opposition ; la véritable lutte, qui ait réellement un sens, est dans cette entreprise qui vise non pas à nier l’un ou l’autre, mais à les réduire à leur plus simple expression : il n’y a ni bien ni mal, en réalité, il y a des possibilités de manifestation qui doivent nécessairement se développer par leur passage tout relatif de la puissance à l’acte.

Privilégier le bien, fut-il orné d’une majuscule, est une escroquerie intellectuelle car il suppose obligatoirement un mal qui, en quelque façon, lui serait inversement équivalent, ce qui est tout aussi absurde.

Genèse 2,6

« Mais une vapeur s’éleva de la terre, et arrosa toute la surface du sol » 

Le monde intermédiaire, cette « vapeur », « qu’on peut appeler aussi le domaine animique, est proprement le milieu où s’élaborent les formes, ce qui, en somme, constitue bien un rôle « substantiel » ou « maternel » ; et cette élaboration s’opère sous l’action ou plutôt sous l’influence de l’esprit, qui a ainsi, à cet égard, un rôle « essentiel » ou « paternel » ; il est d’ailleurs bien entendu qu’il ne s’agit en cela, pour l’esprit, que d’une « action de présence », à l’imitation de l’activité « non-agissante » du Ciel  (René Guénon).

Ouvre-moi ta porte,

tout le monde cherche « la » porte, porte plus ou moins particulière puisque tous les goûts sont dans la nature mais celle-ci est universelle : elle ouvre toutes les portes, il en est question dans Mathieu : « frappez et l’on vous ouvrira ».

La chanson fait allusion à cette porte de l’Évangile, qui dit : regardez et vous verrez, écoutez et vous comprendrez, demandez et on vous donnera…, car, justement, il y en a pour tous les goûts. Tout ce qui se pense, se dit, se fait, se murmure, se crie et se déverse jusqu’à l’écœurement tient en une phrase : « Ouvre moi ta porte ! » Le reste, mortel, est épiphénomène.

ma chandelle est morte,

je n’ai pas de feu ! Le Chanteur demande à vivre sa vie d’homme sur cette terre et c’est là sa chanson, sachant que la lumière manifeste la nuit ; la nuit est donc logiquement antérieure à la lumière, mais sans lumière la nuit est inintelligible, de même que sans le Fils il n’est pas de Père possible. Sa chandelle est dite morte en ce sens qu’elle n’est pas encore allumée ; elle est toute neuve en quelque sorte et elle ne demande qu’à vivre, car c’est elle qui va éclairer son existence et lui conférer toute sa réalité.
Toutes les conditions sont réunies pour que la Voisine, qui bat le briquet dans sa cuisine, mette au monde le Chanteur avec le « soleil » de sa bougie maintenant allumée et son reflet qu’est la « lune » ; en la tenant allumée dans sa main il scelle leur union, comme le Fils scelle l’union du Ciel et de la Terre.

pour écrire un mot

Ce mot est un nom, le « Nom », que veut écrire le noctambule dans sa mémoire mais que nul ne connait si ce n’est Celui qu’il désigne ; tous ceux dont on use ordinairement sont des noms de substitutions car il a été perdu à l’origine – et même peut-être avant ! Car son Nom est ici même avant que Pierrot ne se meuve au-dessus des eaux et n’apparaisse à sa fenêtre ! Tout le monde est en quête de ce Nom, c’est-à-dire de soi-même, mais tel que l’on est « au commencement », tel que l’on est dans le Verbe.

Que chercherait-il d’autre, cet homme-là, dans la nuit où il se trouve ? Encore heureux qu’il ait quelqu’un à interroger, surtout quelqu’un qui lui réponde, même s’il ne comprend pas toujours ce qu’il dit ; d’ailleurs, ce n’est pas tellement une réponse qu’il demande, de celles qu’il serait capable de comprendre et qui donc serait mortelle comme lui, c’est plutôt cette ambiance que crée la lune en reflétant Pierrot, cette lumière indirecte qui anime son être et qu’il cherche, précisément.
Pierrot parle en parabole ; sa réponse, le « mot » en question, étant Dieu lui-même, n’est pas accessible à une intelligence humaine : il n’est que le Christ, totus homo totus Deus pour comprendre cela et cela tout du moins est très clair.
Tout le monde, comme il en est de la foi, désire ce « mot » et c’est même cela qui fait que l’on existe ; la différence, c’est qu’il y en a qui ne savent pas qu’ils cherchent. Il suffit de demander, comme le fait le Chanteur, rien de plus.