Image et reflets

"Indestructible en l'homme: la nostalgie de l'absolu" (Jean Biès)

l’enveloppe du néant!

le « néant » de Maître Eckhart c’est le tombeau vide du Christ, et ce tombeau n’est même pas le sien, c’est un tombeau de circonstances…

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« la Lecture », par David de Noter, 1858

Lecture (la) David de Noter

La cheminée, à droite, ouvre vers les états supérieurs de l’être, la porte, à gauche, vers les états inférieurs; le plan représente le monde actuel avec toutes ses productions, et le manteau, jeté sur le dossier du fauteuil, dit à cette humanité qu’elle n’est que de passage entre les deux, c’est ce dont l’informe la Lettre.

Signe des temps,

l’Autre, le Dieu de la religion, s’est substitué à l’Un, l’Être de la doctrine universelle, de ce fait il se crée une relation entre l’aimant et l’aimé, entre le maître et le serviteur…, légitime, certes, mais à laquelle s’associe, afin combler le vide entre eux, des choses qui n’ont rien à y faire telles que les notions de bien et de mal, de péché, une morale enfin et qui, par leur pouvoir d’attraction, finissent par occuper toute la place; érigées en causes secondes, elles obscurcissent toujours davantage la Vérité, et c’est au nom de ce Dieu-là que l’on a fini par tuer son prochain.

 

 

l’Impératrice

chouette

Elle est le principe féminin des sentiments et des émotions. Son action est affective, sa compréhension intuitive et spontanée. Si la Papesse détient les secrets de la vie, l’Impératrice est celle qui donne une âme à la vie. Elle est l’Ève primordiale, l’intuition féconde de la nature qui répond à l’exhortation divine de la Genèse biblique: « Croissez et multipliez ». Elle est l’art de vivre en bonne intelligence avec la nature, elle impose sa force et sa loi en restant réceptive et attentive aux forces et aux lois de la nature. Ses ailes sont signe d’intelligence créatrice qui plane au dessus de la matière, et son visage, découvert, montre qu’elle n’a rien à cacher, au contraire, elle fait remonter à la conscience les intuitions qu’elle engendre.
Sur le blason qu’elle tient de la main droite est représenté l’aigle impérial, symbolisant le feu sacré, la force et le courage. L’aigle qu’elle tient dans sa main droite, attribut de Jupiter, symbolise sa royauté, ainsi que la force de l’intelligence. Le sceptre dans sa main gauche représente le pouvoir temporel qu’elle exerce sur la nature, le monde physique, subtil et grossier; en Égypte, les sceptres que portaient les déesses illustraient la joie qu’elles éprouvaient à exercer leurs volontés.

tous les péchés seront pardonnés

« Je vous le dis en vérité, tous les péchés seront pardonnés aux fils des hommes, et les blasphèmes qu’ils auront proférés; mais quiconque blasphémera contre le Saint-Esprit n’obtiendra jamais de pardon: il est coupable d’un péché éternel » (Marc 3;28/29), de même, « Dieu pardonne tous les péchés. Oui, il est celui qui pardonne… » (Coran: 39,53), car « Quiconque commet un péché, le commet contre lui-même – Dieu est celui qui sait; il est juste » (Coran: 4;111). Dieu pardonne tout, sauf le péché d’association: celui qui Lui donne des associés s’égare profondément.
Le péché ne corrompt pas celui qui le commet, il n’est pas plus mauvais homme que pécheur, ni par nature ni par acquit. Dieu, ayant fait les cieux et la terre à son intention, l’engage, et Il le lui dit explicitement, à vivre l’entier développement de son humanité, sans qu’il soit question ni de bien ni de mal: « Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre, et l’assujettissez. »
Jésus lui-même le dit encore: « Il n’y a pas de péché. C’est vous qui faites exister le péché lorsque vous agissez conformément aux habitudes de votre nature adultère; là est le péché » (Évangile de Marie de Magdala, p.7). L’adultère, c’est tromper Dieu, c’est Lui préférer telle ou telle chose, ce qui est idolâtre. C’est exactement ce que le Coran appelle l’« association », c’est-à-dire blasphémer contre l’Esprit de Dieu; celui qui Lui associe quoi que ce soit en adorant ce qui est dû à Lui seul le trompe, et c’est le seul péché qui demande repentance, sauf à être renvoyé devant l’éternité.

le progrès?

Au début il y avait des arbres de toutes les espèces, dont un agréable à regarder et bon à manger, c’est écrit en toutes lettres, et le temps était clément. Puis, quand il a commencé à se nourrir de viandes et que le froid est apparu, l’homme a inventé le feu, c’est-à-dire, quand il en a eu besoin. Or, avec cette invention, on nous dit qu’il émerge de la barbarie, on crie au génie, mais pas du tout, quelle erreur: il lui faut du feu, il fait du feu, point; on ne va pas en faire une histoire. Un peu plus tard, ses besoins se faisant pressants, il a inventé, en raccourci, la roue de charrette, l’éventail, le fil à couper le beurre et jusqu’à la bombe atomique pour tuer d’un seul coup davantage d’individus… Il parait que c’est ça, le progrès, mais une chose est sûre: cette sorte de progrès s’arrêtera, à la consommation des siècles…, quand il n’aura plus d’essence!

Monsieur le curé Diharce de Bidassouet,

Pierre, d’Hasparren, était un homme de petite taille doué d’un grand caractère; au reste, discrètement élégant, il n’avait peur de rien, la preuve en est il écrit en clair, dans son « Histoire des Cantabres » (Paris, Didot, 1825, page 396), que Dieu dota Adam et Ève de la langue basque pour que le monde entier fût basque! La communauté scientifique internationale est avertie que le mystère de la langue originelle est résolu depuis deux siècles! Ceci dit pour montrer que notre cher curé avait du caractère, à telle enseigne qu’il est à peine besoin d’ajouter que son premier geste, en se levant de bon matin, consistait à tirer, de la fenêtre de sa chambre à coucher, un coup de tromblon dans la direction de l’évêché, et qu’il avait à son service, en tout bien tout honneur, deux jeunes femmes qui ensemble pouvaient prétendre à l’âge canonique de quarante ans; c’est que Monseigneur de Bayonne prétendait n’avoir jamais reçu de ses mains le rare exemplaire de l’« Imitation de Jésus-Christ » qu’il lui réclamait, ce qui bien entendu était un gros mensonge.
Or, pour avoir refusé de servir la Grande Ville et sa République, prêtre réfractaire donc, il était passé sur le versant Sud où il avait des contacts pour échapper à la prison et possiblement à la guillotine. Cependant, fidèle à son Église et au peuple de Dieu, il revenait nuitamment et par tous les temps administrer ses bons offices à ses compatriotes, brutalement sevrés des parfums subtils du monde spirituel, au nom d’un idéal, d’ailleurs, tellement idéal qu’il ne verra jamais le jour mais c’est autre affaire.
Il eut pour élève et fidèle continuateur un homme tout aussi remarquable, Augustin Chaho, qui se disait « Navarrais » (majuscule) et à qui l’on doit une courte mais élogieuse biographie intitulée « Aventures piquantes de M. l’abbé Diharce de Bidassouet, écrite par un de ses élèves » (anonyme, paru à Bayonne chez Lamaignère en 1835), élève en lequel il est aisé de reconnaître son inénarrable compatriote, souletin, à vrai dire, mais « Navarrais » de circonstances pour en avoir épousé, avec la fougue qui lui était propre, la cause carliste; je reviendrais plus tard sur ces deux hommes exceptionnels que le destin a réuni dans une époque de transitions tout aussi remarquable.

« Au commencement… »

« Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre.
La terre était informe et vide; il y avait des ténèbres à la surface de l’abîme, et l’esprit de Dieu se mouvait au-dessus des eaux.
Dieu dit: Que la lumière soit! Et la lumière fut. Dieu vit que la lumière était bonne; et Dieu sépara la lumière d’avec les ténèbres… »
Ceci débute la première version biblique de la Création (Louis Segond).
Maintenant, serait-il incongru de se demander ce qu’il y avait avant ce « commencement »-là, sachant que ce même mot, commencement, veut dire « en principe »? Qu’y a-t-il, donc, avant le « principe », tout est là; tout est dans cet « il y avait des ténèbres… » Et ce n’est pas parce que les ténèbres ont mauvaise réputation – bien étrange réputation, d’ailleurs -, que nous devons en conclure que celles-ci devraient être mauvaises.
Certes, Dieu vit que la lumière était bonne, mais cela voudrait-il dire qu’avant la lumière il n’y avait rien de bon!
Jean y aborde, en d’autres termes: « Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu. Elle était au commencement avec Dieu. Toutes choses ont été faites par elle, et rien de ce qui a été fait n’a été fait sans elle. En elle était la vie, et la vie était la lumière des hommes. La lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont point reçue. »
La lumière des hommes est bonne, mais elle n’améliore pas cet « avant », ou ces « ténèbres » primordiales qu’aucune « lumière des hommes » ne peut atteindre – fort heureusement -, elle n’améliore pas cet « avant » que tout homme cherche, n’en aurait-il aucune idée ni même l’intention.
C’est que cette lumière ne pénètre pas les ténèbres qui étaient là avant le commencement et donc avant la lumière elle-même: ce sont les ténèbres qui manifestent la lumière, et non l’inverse, et on sait que toute manifestation est partielle et transitoire; seul Dieu, le principe métaphysique, est éternel.

« El sombrero »

Nous sommes au Metsique (disions-nous), à la fin du 19ème siècle.
Un cavalier arrive en ville, place de la cathédrale, noire de monde. Il s’informe, c’est la cérémonie funèbre du Gouverneur de la Province. L’homme descend de cheval, l’attache à la barre, joue des épaules et se faufile dans la foule, « excusez moi, je ne fais que passer. » Il arrive sur le parvis, pénètre dans l’édifice, prend l’allée centrale – ses éperons sonnent sur la pierre -, et se dirige vers le chœur. Il est maintenant au premier rang; œil de velours, sourire vainqueur: ces dames se tassent, il s’assied. Nous en sommes à la lecture de l’Évangile.
Mais bientôt des murmures se font entendre dans la foule, d’abord discrets, puis insistants, on entend « grossier personnage », « sombrero… », qui vont crescendo, agressifs, et encore « paysan, malotru, sombrero… » Finalement une main ferme se pose sur l’épaule du cavalier et quelqu’un articule distinctement à son oreille: « Señor, por favor: el sombrero! »
Alors le cavalier se lève, magnifique, œil de velours sourire vainqueur, se décoiffe avec grâce, salue la foule et dit, d’une belle voix, chaude: « Mesdames et messieurs, à la demande générale, je vais vous chanter El sombrero ».
C’était le premier ténor à l’Opéra de Metsico!

Marc: 7; 14/15

« Écoutez-moi tous, et comprenez bien. Rien de ce qui est extérieur à l’homme et qui entre en lui ne peut le rendre impur. Mais ce qui sort de l’homme, voilà ce qui rend l’homme impur. »
Ne crains pas les insultes ni les éloges, mon frère, ils ne te touchent pas.