Image et reflets

"Indestructible en l'homme: la nostalgie de l'absolu" (Jean Biès)

10 – Sur la « croix basque »

Au début du vingtième siècle, la mode est à la croix gammée, que l’on rencontre un peu partout, sur des frontons, des réclames, des périodiques (« Gure Herria », notamment), des pacotilles, à tel point qu’une campagne est engagée contre l’adoption inattendue de ce signe; il faut dire, par effet de retour, que la doctrine des plus douteuses développée par l’hitlérisme à partir de ce signe ira en fin de compte dans le sens des défenseurs de la croix basque. Philippe Veyrin, rappelant le curieux choix de la croix gammée comme symbole basque par le fondateur historique du mouvement nationaliste, trente ans avant le nazisme, s’étonne de ce que celui-ci ait oublié ou ignoré l’existence de la croix basque qui l’eut avantageusement remplacée (voir à ce sujet les articles de, P. Garmendia, J. Soupre et Ph. Veyrin, dans le Bulletin du Musée Basque).
Moins étonnant, cette croix n’a pas de nom spécifique dans la langue, ce qui peut se comprendre car, de la même façon qu’est basque celui qui parle la langue, la compréhension et l’intimité avec le symbole justifie sa possession, ce en quoi ce symbole porte bien son nom.
Autre chose. Le sens de rotation n’a pas vraiment d’influences sur le symbolisme; il suffit de se placer au-dessus puis au-dessous pour s’en rendre compte: elle tourne toujours dans le même sens; seul le point de vue donne l’impression du contraire et on sait qu’un point de vue est toujours secondaire. Par contre, ce qui importe vraiment, c’est la nature de son symbolisme, qui est « polaire »; le centre de la croix, immobile, symbolise le Centre de l’Univers dans le Macrocosme, c’est-à-dire l’Unité primordiale, par qui tout est – est « polaire » le sens qui s’accomplit en ayant le centre à sa gauche. Or, il est avéré que ce symbolisme est de la plus haute antiquité, ce qui veut dire que ce type de croix trouve ses racines dans une tradition très ancienne.

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Ce qui est tout à fait extraordinaire,

c’est la rapidité avec laquelle la civilisation du moyen âge tomba dans le plus complet oubli; les hommes du XVIIe siècle n’en avaient plus la moindre notion, et les monuments qui en subsistaient ne représentaient plus rien à leurs yeux, ni dans l’ordre intellectuel, ni même dans l’ordre esthétique; on peut juger par là combien la mentalité avait été changée dans l’intervalle. Nous n’entreprendrons pas de rechercher ici les facteurs, certainement fort complexes, qui concoururent à ce changement, si radical qu’il semble difficile d’admettre qu’il ait pu s’opérer spontanément et sans l’intervention d’une volonté directrice dont la nature exacte demeure forcément assez énigmatique; il y a, à cet égard, des circonstances bien étranges, comme la vulgarisation, à un moment déterminé, et en les présentant comme des découvertes nouvelles, de choses qui étaient connues en réalité depuis fort longtemps, mais dont la connaissance, en raison de certains inconvénients qui risquaient d’en dépasser les avantages, n’avait pas été répandue jusque là dans le domaine public (1). Il est bien invraisemblable aussi que la légende qui fit du moyen âge une époque de « ténèbres » d’ignorance et de barbarie, ait pris naissance et se soit accréditée d’elle-même, et que la véritable falsification de l’histoire à laquelle les modernes se sont livrés ait été entreprise sans aucune idée préconçue; mais nous n’irons pas plus avant dans l’examen de cette question, car, de quelque façon que ce travail se soit accompli, c’est, pour le moment, la constatation du résultat qui, en somme, nous importe le plus.

1 — Nous ne citerons que deux exemples, parmi les faits de ce genre qui devaient avoir les plus graves conséquences : la prétendue invention de l’imprimerie, que les Chinois connaissaient antérieurement à l’ère chrétienne, et la découverte « officielle » de l’Amérique, avec laquelle des communications beaucoup plus suivies qu’on ne le pense avaient existé durant tout le moyen âge.

René Guénon, extrait de « La crise du monde moderne »

4 – Hava-i’i, ou l’Infini.

« Pendant une longue période Ta’aroa demeura dans sa coquille. Elle était comme un œuf qui tournait dans l’espace dans l’obscurité permanente. Il n’y avait ni lune, ni soleil, ni terre ni montagne, tout était à l’état de mélange. Il n’y avait ni homme, ni bête, ni volaille, ni chien, ni être vivant, ni mer, ni eau douce » (extrait d’un « Chant de la Création »).

La « longue période » dont il s’agit est l’éternité, « l’espace » est l’Infini, « l’obscurité permanente » signifie le Non-Être, et le « mélange » fait allusion à l’indistinction principielle, lorsque tout est « au commencement » ou encore « en principe »SELRES_4778a19a-1177-4aa3-b8a6-0afeb359f214SELRES_183b94ee-c947-4704-bdb0-d417b9fa02f1;SELRES_183b94ee-c947-4704-bdb0-d417b9fa02f1SELRES_4778a19a-1177-4aa3-b8a6-0afeb359f214 ce langage est universel, il est celui de tous les textes sacrés de l’humanité. La métaphysique pure est ainsi exprimée, elle est l’être lui-même, considéré dans son Principe ou, si l’on veut, logiquement, considéré « avant » qu’il ne soit un être. C’est ce qui nous permet de dire, avec cette notion de « Hava-i’i », que les Anciens polynésiens étaient en possession d’une tradition spirituelle complète et qu’elle leur était familière au 18ème siècle, lorsque ces « Chants » ont été recueillis.
L’Infini est, étymologiquement et au sens propre, ce qui n’a pas de limites: rien ne s’extrait de l’Infini, autrement dit, l’être tient toute sa réalité de son Principe duquel il ne s’extrait que de façon illusoire; l’individu n’est rien, il est le « néant » de Maître Eckhart: « Toutes les créatures sont un pur néant; je ne dis pas qu’elles sont peu de chose c’est-à-dire quelque chose, mais qu’elles sont un pur néant ». Cet Infini est donc, simultanément, l’être en acte et en puissance, qu’est notamment l’être humain.

Mathieu: 10;11/14

« Dans chaque ville ou village où vous arrivez, informez-vous pour savoir qui est digne de vous accueillir et restez chez lui jusqu’à votre départ. En entrant dans la maison, saluez ses habitants et, s’ils en sont dignes, que votre paix vienne sur eux ».
Le Christ envoie les Apôtres chez les hommes qualifiés pour le recevoir, quand bien même ignoreraient-ils jusqu’à son nom. Et pour cela, il faut que leur cœur soit vide, car Dieu demande toute la place; la foi est une qualification de l’être, qui l’accueille a la foi, c’est aussi simple que cela. Les Apôtres ne forcent personne, c’est pourquoi Christ leur dit ensuite, si l’on ne vous fait pas entrer, sortez de ces villes et secouez la poussière de vos pieds, ne retenez rien de votre visite de ce que l’on vous aura donné.
Dieu demande toute la place en effet, comment pourrait-il en être autrement, c’est pour cette raison qu’Abel a obtenu Sa faveur et que Marie a eu la meilleure part qui ne lui sera pas enlevée.

de Dieu à Dieu

ou, du Parvis à l’Intellect.
« Quand nous prenons Dieu dans l’être, nous le prenons dans son parvis, car l’être est son parvis dans lequel il réside »
(Maître Eckhart); on en déduit que le corps de chair est le « parvis » de Dieu, ou, comme le dit en d’autres termes A. K. Coomaraswamy, l’Essence de Dieu subsiste dans la nature duelle comme être et comme devenir. Mais il précise aussitôt: « Où est-il donc dans son temple où il brille dans sa sainteté ? L’intellect est le temple de Dieu. Nulle part Dieu ne réside plus véritablement que dans son temple, l’intellect; Dieu demeure là seul en Lui-même ». Ainsi s’exprime David: « Mon âme languissante se consume à soupirer après les parvis du Seigneur… », qui ajoute, ces parvis n’offrant qu’une vue « extérieure » sur Dieu, précisément : « Heureux ceux qui habitent dans votre maison, Seigneur, ils vous y bénissent à jamais ».

la Papesse

II - la Papesse   la Papesse1

En tant que prêtresse, on lui reconnait la sagesse, l’expérience, le savoir; secrète, réservée, elle écoute. On pense aussi à la papesse Jeanne, personnage légendaire du IXème siècle, qui aurait été élue pape en se faisant passer pour un homme; elle aurait accouché en public pendant la procession de la Fête-Dieu, ce qui l’aurait trahie. De ce point de vue, incarnant l’Église à travers la papauté, elle est la Femme, universelle, manifestement enceinte et en rapport avec l’âme pure de la Vierge Marie qui trône dans le Ciel. Son accouchement spirituel est soit un enseignement, celui des mystères de la religion notamment qu’elle dispenserait aux fidèles, soit une révélation de type doctrinal ou divinatoire; le livre qu’elle tient ferait penser plutôt à un enseignement… D’un autre côté, c’est tout de même une escrotte et d’une certaine envergure, ce qui signifie tout l’inverse des qualités qu’on vient de lui prêter: c’est donc aussi une roublarde, douée d’un sacré toupet, qui aurait pu réussir son coup si elle n’avait mis au monde les fruits de l’arbre de la tentation, que sont le bien et le mal! Toujours est-il, c’est ainsi que les extrêmes se rejoignent en elle: la sainteté papale et la concupiscence font ménage chez elle, bon, qui le sait, mais de cet invraisemblable ménage à trois ressort un certain équilibre dont va bénéficier son premier élève, le Bateleur, toi et moi. Le mot de la fin à René Guénon: « tous les déséquilibres partiels et transitoires doivent nécessairement concourir au grand équilibre total de l’Univers ».

Marie

l’apogée du Mystère chrétien
ou, « la métaphysique au féminin »

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insignifiant

Il est un petit mot du genre féminin qui ne se dit qu’à Bayonne: « yoye ».
Une « yoye » est une petite chose qui ne vaut pas grand chose, mais pour laquelle on éprouve une certaine affection. C’est un objet, la plupart du temps, que l’on aime avoir dans sa poche ou sur sa cheminée; il est plus précisément entendu à Mousserolles, au Saint-Esprit et aux Allées-Marines, c’est-à-dire dans les quartiers-bas de la ville, par opposition aux « Hauts-Quartiers » que Paul Gadenne n’aimait pas beaucoup. Bref. Tu vois Humphrey Bogart, dans « Ouragan sur le Caine », et bien ses billes de roulements n’entrent déjà plus dans la catégorie des « yoyes » parce qu’elles ont un rôle thérapeutique qui dépasse le domaine de la « yoye », lequel est purement esthétique; le commandant Queeg n’aime pas ses billes, elles lui servent de médicament, tandis que si l’on aime bien une « yoye » c’est uniquement pour ce qu’elle est: quelque chose d’insignifiant – il en est dont on ne sait même pas à quoi ça sert – que l’on aurait quelques difficulté à laisser de côté; son champ d’application étant sans limite, il sera beaucoup plus simple d’établir le catalogue des choses essentielles.

9 – Sur la « croix basque »

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Selon les points de vue sur l’être, qui peuveut être très différents, la croix est foncée ou claire; conventionnellement, le blanc correspond à la Lumière et le noir aux Ténèbres, sachant que c’est la Lumière qui manifeste les Ténèbres (« Que la lumière soit! ») qui de la sorte lui sont logiquement antérieures et donc spirituellement supérieures, et non l’inverse, ce qui est impossible. La partie fixe, le fond, est immuable, permanent, c’est l’éternité « biblique », et la partie mobile, parce que mobile précisément, va avec ce qui est transitoire, comme est la vie. Ces deux états, de non manifestation du principe et de sa manifestation, sont en simultanéité dans le principe lui-même; c’est nous, en tant qu’êtres manifestés, qui faisons la différence, mais le principe est dans la permanence, dans ce que René Guénon appelle « l’indistinction principielle ». L’origine et la fin de l’être est là: l’être en soi est l’Infini, on dit qu’il demeure dans les Ténèbres « supérieures », en lequel l’être et le non-être… n’ont pas de raison d’être; on atteint là à la limite du monde rationnel et fort heureusement car l’inverse ruinerait toute transcendance.
Selon donc que la croix, mobile, en blanc, tourne sur un fond noir, l’être est observé du point de vue de son principe, inversement, la croix noire tournant sur le fond blanc montre l’actualité de l’être vivant dans son mouvement de rotation dans l’Univers métaphysique, blanc parce qu’observé du point de vue de sa manifestion; la simultanéité des états de l’être apparait dans l’inversion des couleurs, ce qui est en haut étant comme ce qui est en bas et inversement.

3 – Hava-i’i: la « Nuit » et le « Jour »

« La nuit était pour les Dieux et le jour pour les hommes. C’est seulement dans la nuit que les Dieux naquirent, après que la lumière ait été faite dans le monde » (Teuira Henry, « Tahiti aux temps anciens », ch. « Érection du Ciel de Rumia », p.426).

La métaphysique universelle pose que la « Nuit » ou domaine du non-manifesté, est le domaine des Dieux, et que le « Jour », domaine du manifesté, est celui du monde et des hommes, ce qui signifie la supériorité de cette Nuit sur ce Jour, mais c’est le « Jour » qui manifeste la « Nuit », car il n’y aurait pas de Nuit si le Jour ne devait pas être effectif. En d’autres termes, Dieu est parce qu’il y a création, avec, d’ailleurs, tout ce que cela implique concernant la Libération de l’être et le Salut de l’âme. C’est en cela que la « Coquille » Rumia, en qui sont les Dieux et les hommes, est logiquement antérieure à eux, étant elle-même au-delà du manifesté et du non-manifesté.
La « Coquille » de la tradition des Anciens tahitiens est la métaphysique pure, elle est au delà de l’Être et du Non-Être en ce qu’elle les contient en principe, précisément, toutefois il est intéressant de noter ici que les Dieux sont logiquement postérieurs aux hommes, tant du moins que ces « hommes » demeurent effectivement dans la « Coquille », ce qui voudrait dire qu’ils y sont en tant que Dieux, « avant » de naitre au monde actuel en tant qu’hommes.