Image et reflets

"Indestructible en l'homme: la nostalgie de l'absolu" (Jean Biès)

Il était une fois Adam et Ève…

Selon la première version de la Création biblique, Dieu « fait » l’homme à son image et ressemblance, dans la seconde, il « forme » l’homme de la poussière de la terre, ceci après avoir créé les « animaux » et le « jardin » où il a fait pousser l’« arbre de vie » et l’« arbre de la connaissance du bien et du mal »; Dieu forme l’homme, selon Origène, de la « terre la plus fine », qui est la Substance, divine, à laquelle son Souffle donne vie.
Dans tous les récits de la création, le premier homme est « un homme seul », parfois traduit par « l’humanité »; un et éternel, il est en cela l’homme parfait de Jean (3,16; 17,21…). Adam, l’humanité donc, est l’androgyne primordial ou, chez les juifs et les premiers chrétiens, l’ « homme » et la « femme » avant qu’ils ne se séparent. Adam représente, chez les Pères notamment, l’esprit, le maître, et Ève, son âme, son conseiller, aidée en cela par les « animaux des champs et de la foret », qui, dans leur genre, sont ses propres pulsions, sentiments, prédispositions…; tous, homme, femme et animaux, participent de la personnalité dont Dieu a doté Adam, parce qu’il n’était pas bon qu’il soit seul, seul en lui-même aussi bien que seul au monde.
Puis, « L’éternel Dieu donna cet ordre à l’homme:… » Il s’agit d’un ordre, le contraire d’une invitation, mais il s’agit surtout d’une information: « si tu en manges, tu en mourras ». La consommation de l’arbre en question lui étant soufflée à l’oreille et bien qu’il ait été prévenu que le jour où il en mangerait, il mourrait, le « serpent » convainc Ève de passer outre.
Or il n’est question, pour le moment, ni de faute, ni de péché, ni de Satan ni de quelque puissance que ce soit qui aurait été contraire ou simplement hostile à Adam au point de lui nuire. Et pourtant, par cet acte volontaire, il va faire connaissance, c’est le mot, du bien et du mal, de la vie et de la mort, du masculin et du féminin…, soit, de toute chose et de son contraire, en sorte qu’il inaugure pratiquement une dualité préexistante, voulue par l’Éternel en ceci qu’il a lui-même créé le monde de la multitude, c’est-à-dire le monde des contraires. Adam désobéit afin d’éprouver par lui-même ce que l’Éternel met à sa disposition et dans ce sens, c’est Lui, le Tentateur; on pense à IISam.:24, où Dieu commande à David le dénombrement d’Israël, pour, ceci fait, envoyer la peste sur son peuple afin de le punir de lui avoir obéi!; les voies du Seigneur sont insondables, on aimerait parfois comprendre. Car les animaux, qui lui ont été donnés en partage par celui-là même qui lui reproche de les écouter, et qu’Adam, sur son ordre, a « nommé », ce qui veut dire qu’il les a reconnus en tant que tels, n’ont fait que leur devoir d’animaux en manifestant leur participation dans l’accomplissement de la volonté divine. De sorte que le « plus rusé » d’entre eux ne fait que son devoir de plus rusé, sans se soucier, en bon serviteur qu’il est, de ce qu’il est censé révéler à Ève. Lors donc que l’homme, fait à l’image et ressemblance de Dieu, prend conscience de sa nature mixte et écoute Ève, sa conseillère, qui connait d’intuition que l’arbre est beau à regarder et bon à manger, il en mange, mais cette nourriture, qui ne comble jamais, exige au contraire son renouvellement perpétuel. Et la chronologie de l’humanité trouve là son origine, dans la réponse à charnière qu’Adam adresse aux interrogations de l’Éternel, soit, « La femme que tu as mise auprès de moi m’a donné de l’arbre » et, « Le serpent m’a séduite, et j’en ai mangé »; c’est ainsi qu’ils connaissent qu’ils sont deux, nus, et qu’ils ont des appétits.
C’est parce que l’Éternel lui en donne la possibilité que l’homme fait ce que nous nommons le bien et le mal – nuance, il faudrait en parler -, dont le péché, manifestant par là son désir d’acquérir la connaissance des Elohim. Or, Jésus lui-même dit que le péché n’existe pas, que ce sont les hommes qui le font exister et à leur seul dépens, mais c’est pour cela que le Père l’envoie parmi eux; le Père l’envoie afin de les détacher des fruits de la Tentation, toujours vains – les meilleurs comme les pires, selon Maître Eckhart – toujours vains, en effet, au regard de la vie éternelle qu’il leur donne aussi volontiers qu’il leur laisse toute liberté de lui désobéir. Après sa désobéissance donc, assumée, l’Éternel, chose promise, dit à Adam: « C’est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain, jusqu’à ce que tu retournes dans la terre, d’où tu as été pris », et à Ève, « J’augmenterai la souffrance de tes grossesses, tu enfanteras avec douleur… »: de quel travail s’agit-il, de quelles douleurs et de quel enfantement?
Là de même, sens propre et sens figuré: c’est dans l’effort que l’homme travaille la terre afin de se nourrir, qu’il conçoit et réalise ses projets – bons ou mauvais, ce n’est pas le sujet -, trouve, surtout, la voie du Salut dans la Parole. Car c’est d’elle qu’il est question avec ce même « pain », celui de la Cène, il est question de cette nourriture spirituelle acquise « à la sueur de son visage » dans la perspective de la terre promise, de cette « terre la plus fine » dont il est fait. Les « grossesses » d’Ève sont ce travail, si bien nommé, qui mobilise l’homme en un vrai combat contre lui-même, travail « intérieur » qu’il accomplit, dans le sillage du Fils, en communion avec l’Esprit Saint jusqu’à donner naissance à lui-même en tant qu’ « homme nouveau ».
Ainsi il est nécessaire qu’Adam désobéisse et mange de l’arbre afin qu’il se connaisse dans la totalité de l’état auquel il appartient et qui s’étend, un homme seul, du Paradis, d’où il s’extrait lui-même à cette fin, au plus profond des enfers où il lui arrive de se fourvoyer mais où Jésus vient le chercher afin de le ramener en son Paradis. C’est assurément du travail d’Ève qu’il s’agit quand Dieu dit: « A celui qui vaincra je donnerai à manger de l’arbre de vie, qui est dans le paradis de Dieu », car c’est l’intuition d’Ève, l’âme pure, la foi, qui sauve, qui sauve certainement celui qui s’est perdu dans le péché et qui se reprend (Apoc.:2,1à7), mais celui aussi qui accepte son existence d’homme, don de Dieu, en ce qu’elle a de meilleur comme en ce qu’elle a de pire.
Manger de l’ « arbre de vie », dans cette optique, serait d’accepter toute chose, dont celles que l’on dit être du bien et du mal, sinon toujours avec détachement, du moins comme étant l’expression de la seule volonté divine; l’Islam, là-dessus, a une doctrine particulièrement éclairante. La création selon l’Ancienne Alliance n’a de sens que dans sa résolution dans le Fils qui l’incarne: le credo d’Adam est d’aller à la découverte de lui-même, celui du Nouvel Adam est de lui révéler sa vraie nature, spirituelle; une gravure d’Albrecht Dürer, « Le chevalier, la mort et le diable », illustre parfaitement l’idée de cette humanité à la recherche d’elle-même (ici, le 15 juillet 2017).
Serait-ce le châtiment de Dieu que de chercher à se connaître soi-même, quitte à passer par toutes les joies, difficultés et souffrances que ce monde présente? Probablement pas, ce serait au contraire une nécessité, celle de réaliser totalement la vie qu’il nous offre en son Fils unique, lequel veut la partager avec nous. A chacun son propre « arbre de la tentation »; quoiqu’il en soit, la réponse est dans la Parole, qui vaut ici et maintenant et elle est, toujours vivante, une fois pour toutes.

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brève de Parvis

« Dieu n’est ni bon ni mauvais, Dieu est et c’est déjà pas mal »

remarque

L’homme ancien exerce toute son intelligence sur les idées éternelles afin de découvrir en lui l’homme nouveau, l’homme moderne met toute la sienne à faire nouveau dans l’idée de ne pas vieillir, mais comme il ne s’agit pas de la même intelligence il n’y a pas concurrence.

10 – Sur la « croix basque »

Au début du vingtième siècle, la mode est à la croix gammée, que l’on rencontre un peu partout, sur des frontons, des réclames, des périodiques (« Gure Herria », notamment), des pacotilles, à tel point qu’une campagne est engagée contre l’adoption inattendue de ce signe; il faut dire, par effet de retour, que la doctrine des plus douteuses développée par l’hitlérisme à partir de ce signe ira en fin de compte dans le sens des défenseurs de la croix basque. Philippe Veyrin, rappelant le curieux choix de la croix gammée comme symbole basque par le fondateur historique du mouvement nationaliste, trente ans avant le nazisme, s’étonne de ce que celui-ci ait oublié ou ignoré l’existence de la croix basque qui l’eut avantageusement remplacée (voir à ce sujet les articles de, P. Garmendia, J. Soupre et Ph. Veyrin, dans le Bulletin du Musée Basque).
Moins étonnant, cette croix n’a pas de nom spécifique dans la langue, ce qui peut se comprendre car, de la même façon qu’est basque celui qui parle la langue, la compréhension et l’intimité avec le symbole justifie sa possession, ce en quoi ce symbole porte bien son nom.
Autre chose. Le sens de rotation n’a pas vraiment d’influences sur le symbolisme; il suffit de se placer au-dessus puis au-dessous pour s’en rendre compte: elle tourne toujours dans le même sens; seul le point de vue donne l’impression du contraire et on sait qu’un point de vue est toujours secondaire. Par contre, ce qui importe vraiment, c’est la nature de son symbolisme, qui est « polaire »; le centre de la croix, immobile, symbolise le Centre de l’Univers dans le Macrocosme, c’est-à-dire l’Unité primordiale, par qui tout est – est « polaire » le sens qui s’accomplit en ayant le centre à sa gauche. Or, il est avéré que ce symbolisme est de la plus haute antiquité, ce qui veut dire que ce type de croix trouve ses racines dans une tradition très ancienne.

Ce qui est tout à fait extraordinaire,

c’est la rapidité avec laquelle la civilisation du moyen âge tomba dans le plus complet oubli; les hommes du XVIIe siècle n’en avaient plus la moindre notion, et les monuments qui en subsistaient ne représentaient plus rien à leurs yeux, ni dans l’ordre intellectuel, ni même dans l’ordre esthétique; on peut juger par là combien la mentalité avait été changée dans l’intervalle. Nous n’entreprendrons pas de rechercher ici les facteurs, certainement fort complexes, qui concoururent à ce changement, si radical qu’il semble difficile d’admettre qu’il ait pu s’opérer spontanément et sans l’intervention d’une volonté directrice dont la nature exacte demeure forcément assez énigmatique; il y a, à cet égard, des circonstances bien étranges, comme la vulgarisation, à un moment déterminé, et en les présentant comme des découvertes nouvelles, de choses qui étaient connues en réalité depuis fort longtemps, mais dont la connaissance, en raison de certains inconvénients qui risquaient d’en dépasser les avantages, n’avait pas été répandue jusque là dans le domaine public (1). Il est bien invraisemblable aussi que la légende qui fit du moyen âge une époque de « ténèbres » d’ignorance et de barbarie, ait pris naissance et se soit accréditée d’elle-même, et que la véritable falsification de l’histoire à laquelle les modernes se sont livrés ait été entreprise sans aucune idée préconçue; mais nous n’irons pas plus avant dans l’examen de cette question, car, de quelque façon que ce travail se soit accompli, c’est, pour le moment, la constatation du résultat qui, en somme, nous importe le plus.

1 — Nous ne citerons que deux exemples, parmi les faits de ce genre qui devaient avoir les plus graves conséquences : la prétendue invention de l’imprimerie, que les Chinois connaissaient antérieurement à l’ère chrétienne, et la découverte « officielle » de l’Amérique, avec laquelle des communications beaucoup plus suivies qu’on ne le pense avaient existé durant tout le moyen âge.

René Guénon, extrait de « La crise du monde moderne »

4 – Hava-i’i, ou l’Infini.

« Pendant une longue période Ta’aroa demeura dans sa coquille. Elle était comme un œuf qui tournait dans l’espace dans l’obscurité permanente. Il n’y avait ni lune, ni soleil, ni terre ni montagne, tout était à l’état de mélange. Il n’y avait ni homme, ni bête, ni volaille, ni chien, ni être vivant, ni mer, ni eau douce » (extrait d’un « Chant de la Création »).

La « longue période » dont il s’agit est l’éternité, « l’espace » est l’Infini, « l’obscurité permanente » signifie le Non-Être, et le « mélange » fait allusion à l’indistinction principielle, lorsque tout est « au commencement » ou encore « en principe »SELRES_4778a19a-1177-4aa3-b8a6-0afeb359f214SELRES_183b94ee-c947-4704-bdb0-d417b9fa02f1;SELRES_183b94ee-c947-4704-bdb0-d417b9fa02f1SELRES_4778a19a-1177-4aa3-b8a6-0afeb359f214 ce langage est universel, il est celui de tous les textes sacrés de l’humanité. La métaphysique pure est ainsi exprimée, elle est l’être lui-même, considéré dans son Principe ou, si l’on veut, logiquement, considéré « avant » qu’il ne soit un être. C’est ce qui nous permet de dire, avec cette notion de « Hava-i’i », que les Anciens polynésiens étaient en possession d’une tradition spirituelle complète et qu’elle leur était familière au 18ème siècle, lorsque ces « Chants » ont été recueillis.
L’Infini est, étymologiquement et au sens propre, ce qui n’a pas de limites: rien ne s’extrait de l’Infini, autrement dit, l’être tient toute sa réalité de son Principe duquel il ne s’extrait que de façon illusoire; l’individu n’est rien, il est le « néant » de Maître Eckhart: « Toutes les créatures sont un pur néant; je ne dis pas qu’elles sont peu de chose c’est-à-dire quelque chose, mais qu’elles sont un pur néant ». Cet Infini est donc, simultanément, l’être en acte et en puissance, qu’est notamment l’être humain.

Mathieu: 10;11/14

« Dans chaque ville ou village où vous arrivez, informez-vous pour savoir qui est digne de vous accueillir et restez chez lui jusqu’à votre départ. En entrant dans la maison, saluez ses habitants et, s’ils en sont dignes, que votre paix vienne sur eux ».
Le Christ envoie les Apôtres chez les hommes qualifiés pour le recevoir, quand bien même ignoreraient-ils jusqu’à son nom. Et pour cela, il faut que leur cœur soit vide, car Dieu demande toute la place; la foi est une qualification de l’être, qui l’accueille a la foi, c’est aussi simple que cela. Les Apôtres ne forcent personne, c’est pourquoi Christ leur dit ensuite, si l’on ne vous fait pas entrer, sortez de ces villes et secouez la poussière de vos pieds, ne retenez rien de votre visite de ce que l’on vous aura donné.
Dieu demande toute la place en effet, comment pourrait-il en être autrement, c’est pour cette raison qu’Abel a obtenu Sa faveur et que Marie a eu la meilleure part qui ne lui sera pas enlevée.

de Dieu à Dieu

ou, du Parvis à l’Intellect.
« Quand nous prenons Dieu dans l’être, nous le prenons dans son parvis, car l’être est son parvis dans lequel il réside »
(Maître Eckhart); on en déduit que le corps de chair est le « parvis » de Dieu, ou, comme le dit en d’autres termes A. K. Coomaraswamy, l’Essence de Dieu subsiste dans la nature duelle comme être et comme devenir. Mais il précise aussitôt: « Où est-il donc dans son temple où il brille dans sa sainteté ? L’intellect est le temple de Dieu. Nulle part Dieu ne réside plus véritablement que dans son temple, l’intellect; Dieu demeure là seul en Lui-même ». Ainsi s’exprime David: « Mon âme languissante se consume à soupirer après les parvis du Seigneur… », qui ajoute, ces parvis n’offrant qu’une vue « extérieure » sur Dieu, précisément : « Heureux ceux qui habitent dans votre maison, Seigneur, ils vous y bénissent à jamais ».

la Papesse

II - la Papesse   la Papesse1

En tant que prêtresse, on lui reconnait la sagesse, l’expérience, le savoir; secrète, réservée, elle écoute. On pense aussi à la papesse Jeanne, personnage légendaire du IXème siècle, qui aurait été élue pape en se faisant passer pour un homme; elle aurait accouché en public pendant la procession de la Fête-Dieu, ce qui l’aurait trahie. De ce point de vue, incarnant l’Église à travers la papauté, elle est la Femme, universelle, manifestement enceinte et en rapport avec l’âme pure de la Vierge Marie qui trône dans le Ciel. Son accouchement spirituel est soit un enseignement, celui des mystères de la religion notamment qu’elle dispenserait aux fidèles, soit une révélation de type doctrinal ou divinatoire; le livre qu’elle tient ferait penser plutôt à un enseignement… D’un autre côté, c’est tout de même une escrotte et d’une certaine envergure, ce qui signifie tout l’inverse des qualités qu’on vient de lui prêter: c’est donc aussi une roublarde, douée d’un sacré toupet, qui aurait pu réussir son coup si elle n’avait mis au monde les fruits de l’arbre de la tentation, que sont le bien et le mal! Toujours est-il, c’est ainsi que les extrêmes se rejoignent en elle: la sainteté papale et la concupiscence font ménage chez elle, bon, qui le sait, mais de cet invraisemblable ménage à trois ressort un certain équilibre dont va bénéficier son premier élève, le Bateleur, toi et moi. Le mot de la fin à René Guénon: « tous les déséquilibres partiels et transitoires doivent nécessairement concourir au grand équilibre total de l’Univers ».

Marie

l’apogée du Mystère chrétien
ou, « la métaphysique au féminin »

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