Image et reflets

"Indestructible en l'homme: la nostalgie de l'absolu" (Jean Biès)

tous les péchés seront pardonnés

« Je vous le dis en vérité, tous les péchés seront pardonnés aux fils des hommes, et les blasphèmes qu’ils auront proférés; mais quiconque blasphémera contre le Saint-Esprit n’obtiendra jamais de pardon: il est coupable d’un péché éternel » (Marc 3;28/29), de même, « Dieu pardonne tous les péchés. Oui, il est celui qui pardonne… » (Coran: 39,53), car « Quiconque commet un péché, le commet contre lui-même – Dieu est celui qui sait; il est juste » (Coran: 4;111). Dieu pardonne tout, sauf le péché d’association: celui qui Lui donne des associés s’égare profondément.
Le péché ne corrompt pas celui qui le commet, il n’est pas plus mauvais homme que pécheur, ni par nature ni par acquit. Dieu, ayant fait les cieux et la terre à son intention, l’engage, et Il le lui dit explicitement, à vivre l’entier développement de son humanité, sans qu’il soit question ni de bien ni de mal: « Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre, et l’assujettissez. »
Jésus lui-même le dit encore: « Il n’y a pas de péché. C’est vous qui faites exister le péché lorsque vous agissez conformément aux habitudes de votre nature adultère; là est le péché » (Évangile de Marie de Magdala, p.7). L’adultère, c’ est tromper Dieu, c’est Lui préférer telle ou telle chose, ce qui est idolâtre. C’est exactement ce que le Coran appelle l’« association », c’est-à-dire blasphémer contre l’Esprit de Dieu; celui qui Lui associe quoi que ce soit en adorant ce qui est dû à Lui seul le trompe, et c’est le seul péché qui demande repentance, sauf à être renvoyé devant l’éternité.

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le progrès?

Au début il y avait des arbres de toutes les espèces, agréables à regarder et bons à manger, c’est écrit en toutes lettres, et le temps était clément. Puis, quand il a commencé à se nourrir de viandes et que le froid est apparu, l’homme a inventé le feu, c’est-à-dire, quand il en a eu besoin. Or, avec cette invention, on nous dit qu’il émerge de la barbarie, on crie au génie, mais pas du tout, quelle erreur: il lui faut du feu, il fait du feu, point. Un peu plus tard, ses besoins se faisant pressants, il a inventé, en raccourci, la roue de charrette, l’éventail, le tire-bouchon et jusqu’à la bombe atomique pour tuer d’un seul coup davantage d’individus… Il parait que c’est le progrès mais une chose est sûre: il s’arrêtera, à la consommation des siècles, quand il n’y aura plus d’essence…

Monsieur le curé Diharce de Bidassouet,

Pierre, d’Hasparren, était un homme de petite taille doué d’un grand caractère; au reste, discrètement élégant, il n’avait peur de rien, la preuve en est il écrit en clair, dans son « Histoire des Cantabres » (Paris, Didot, 1825, page 396), que Dieu dota Adam et Ève de la langue basque pour que le monde entier fût basque! La communauté scientifique internationale est avertie que le mystère de la langue originelle est résolu depuis deux siècles! Ceci dit pour montrer que notre cher curé avait du caractère, à telle enseigne qu’il est à peine besoin d’ajouter que son premier geste, en se levant de bon matin, consistait à tirer, de la fenêtre de sa chambre à coucher, un coup de tromblon dans la direction de l’évêché, et qu’il avait à son service, en tout bien tout honneur, deux jeunes femmes qui ensemble pouvaient prétendre à l’âge canonique de quarante ans; c’est que Monseigneur de Bayonne prétendait n’avoir jamais reçu de ses mains le rare exemplaire de l’« Imitation de Jésus-Christ » qu’il lui réclamait, ce qui bien entendu était un gros mensonge.
Or, pour avoir refusé de servir la Grande Ville et sa République, prêtre réfractaire donc, il était passé sur le versant Sud où il avait des contacts pour échapper à la prison et possiblement à la guillotine. Cependant, fidèle à son Église et au peuple de Dieu, il revenait nuitamment et par tous les temps administrer ses bons offices à ses compatriotes, brutalement sevrés des parfums subtils du monde spirituel, au nom d’un idéal, d’ailleurs, tellement idéal qu’il ne verra jamais le jour mais c’est autre affaire.
Il eut pour élève et fidèle continuateur un homme tout aussi remarquable, Augustin Chaho, qui se disait « Navarrais » (majuscule) et à qui l’on doit une courte mais élogieuse biographie intitulée « Aventures piquantes de M. l’abbé Diharce de Bidassouet, écrite par un de ses élèves » (anonyme, paru à Bayonne chez Lamaignère en 1835), élève en lequel il est aisé de reconnaître son inénarrable compatriote, souletin, à vrai dire, mais « Navarrais » de circonstances pour en avoir épousé, avec la fougue qui lui était propre, la cause carliste; je reviendrais plus tard sur ces deux hommes exceptionnels que le destin a réuni dans une époque de transitions tout aussi remarquable.

« Au commencement… »

« Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre.
La terre était informe et vide; il y avait des ténèbres à la surface de l’abîme, et l’esprit de Dieu se mouvait au-dessus des eaux.
Dieu dit: Que la lumière soit! Et la lumière fut. Dieu vit que la lumière était bonne; et Dieu sépara la lumière d’avec les ténèbres… »
Ceci débute la première version biblique de la Création (Louis Segond).
Maintenant, serait-il incongru de se demander ce qu’il y avait avant ce « commencement »-là, sachant que ce même mot, commencement, veut dire « en principe »? Qu’y a-t-il, donc, avant le « principe », tout est là; tout est dans cet « il y avait des ténèbres… » Et ce n’est pas parce que les ténèbres ont mauvaise réputation – bien étrange réputation, d’ailleurs -, que nous devons en conclure que celles-ci devraient être mauvaises.
Certes, Dieu vit que la lumière était bonne, mais cela voudrait-il dire qu’avant la lumière il n’y avait rien de bon!
Jean y aborde, en d’autres termes: « Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu. Elle était au commencement avec Dieu. Toutes choses ont été faites par elle, et rien de ce qui a été fait n’a été fait sans elle. En elle était la vie, et la vie était la lumière des hommes. La lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont point reçue. »
La lumière des hommes est bonne, mais elle n’améliore pas cet « avant », ou ces « ténèbres » primordiales qu’aucune « lumière des hommes » ne peut atteindre – fort heureusement -, elle n’améliore pas cet « avant » que tout homme cherche, n’en aurait-il aucune idée ni même l’intention.
C’est que cette lumière ne pénètre pas les ténèbres qui étaient là avant le commencement et donc avant la lumière elle-même: ce sont les ténèbres qui manifestent la lumière, et non l’inverse, et on sait que toute manifestation est partielle et transitoire; seul Dieu, le principe métaphysique, est éternel.

« El sombrero »

Nous sommes au Metsique (disions-nous), à la fin du 19ème siècle.
Un cavalier arrive en ville, place de la cathédrale, noire de monde. Il s’informe, c’est la cérémonie funèbre du Gouverneur de la Province. L’homme descend de cheval, l’attache à la barre, joue des épaules et se faufile dans la foule, « excusez moi, je ne fais que passer. » Il arrive sur le parvis, pénètre dans l’édifice, prend l’allée centrale – ses éperons sonnent sur la pierre -, et se dirige vers le chœur. Il est maintenant au premier rang; œil de velours, sourire vainqueur: ces dames se tassent, il s’assied. Nous en sommes à la lecture de l’Évangile.
Mais bientôt des murmures se font entendre dans la foule, d’abord discrets, puis insistants, on entend « grossier personnage », « sombrero… », qui vont crescendo, agressifs, et encore « paysan, malotru, sombrero… » Finalement une main énergique se pose sur l’épaule du cavalier et quelqu’un articule distinctement à son oreille: « Señor, por favor: el sombrero! »
Alors le cavalier se lève, magnifique, œil de velours sourire vainqueur, se décoiffe avec grâce, salue la foule et dit, d’une belle voix, chaude: « Mesdames et messieurs, à la demande générale, je vais vous chanter El sombrero ».
C’était le premier ténor à l’Opéra de Metsico!

Marc: 7; 14/15

« Écoutez-moi tous, et comprenez bien. Rien de ce qui est extérieur à l’homme et qui entre en lui ne peut le rendre impur. Mais ce qui sort de l’homme, voilà ce qui rend l’homme impur. »

4 – sur la stèle discoïdale basque

Du point de vue du Christianisme, cette stèle participe à sa façon de deux millénaires de méditation sur le Message du Christ et il faut noter à cet égard qu’elle trouve à l’heure actuelle un renouveau certain. Il en est différemment de la stèle basque ancienne, étant donné que la tradition qui la sous-tendait s’est éteinte et avec elle, de ce fait même, la connaissance de ses particularités originales. Mais quel que soit le point de vue, elle met l’homme en face d’un conflit entre les tendances les plus opposées de sa nature divine, la seule bien réelle qui soit, et de sa nature humaine, transitoire; elle met l’être en face de ses légitimes espérances, mais aussi en face de ses propres contradictions et en fin de compte elle est aux basques ce que la croix est aux chrétiens: produit de leur génie, elle est le lieu central immobile et permanent, lieu de toute origine et de toute fin qui demeure invariable là où tout passe, s’évanouit. L’abbé J.M. de Barandiaran écrit à ce propos : « La stèle est aujourd’hui encore un symbole attaché à un idéal qui transcende la vie terrestre », on ne peut être plus clair et les mystères qu’elle recouvre sont ainsi qualifiés. Certes, ces mystères existent toujours, eu égard à cet « idéal » que nous ne connaissons pas, mais la direction est donnée quant à leurs origines: avec la stèle nous avons bien affaire à un art sacré, un art traditionnel. Sous ce rapport elle est un élément symbolique qui s’inscrit dans la tradition, quelle que soit cette tradition, en tant qu’elle en manifeste à sa façon les principes ou idées majeures. On sait que son symbolisme distingue principalement trois signes, qui sont, la circonférence, le triangle, et le point central qui les génère, dont la fonction est majeure dans l’architecture sacrée.

la Mort

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La mort est un changement de nature. On a fini par la réduire à sa plus simple expression, c’est-à-dire à la disparition physique du corps de chair, mais c’est oublier ce qu’elle signifie en réalité. Cette mort est un symbole et d’ailleurs son nombre le dit, 13 = 12 + 1. Le cycle normal de 12 est achevé, un nouveau cycle débute, sous une autre forme; la possibilité de l’être charnel étant épuisée, un commencement dans un autre monde ou état d’être se produit, ce qui meurt étant secondaire, par définition. Reste le monde subtil, aléatoire, et le monde de l’esprit éternel, monde de l’âme vivante que le Christianisme identifie à Ève et à la Vierge Marie.
La mort signifie une renaissance, quel que soit le point de vue, y compris celui de la tireuse de cartes. Autrefois un enterrement était un moment de convivialité, maintenant on le bâcle à cent à l’heure et en tournant la tête pour ne pas voir; on se demande bien pourquoi, il n’y a rien à voir.

« ne nous soumets pas à la tentation »

– qui se déduit de  la Vulgate « ne nos inducas in tentationem » –, n’a plus sa place dans la nouvelle version française du « Notre Père »: deux mille ans, pour se rendre compte de l’erreur! C’est consternant.
Les Pères de l’Église et les Maîtres de la Sorbonne n’ont rien vu venir – décidément, on n’arrête pas le progrès! -: il ne faudra plus dire « ne nous soumets pas à la tentation », qui laisse penser que Dieu induit le fidèle au péché, parce qu’il n’y est pas enclin naturellement bien entendu, place à « ne nous laisse pas entrer en tentation », qui fait de Dieu un protecteur bienveillant, nous dit-on, parce qu’avant Il ne l’était pas!
Ils sont au courant, les musulmans, qu’il n’y a plus de soumission?

3 – sur la stèle discoïdale basque

Les premières études sur la stèle discoïdale basque, ignorant plus ou moins délibérément l’ancienne tradition locale, ne pouvaient conclure qu’à un monument chrétien et c’est ce qui s’est produit. Puis, avec la naissance d’un certain sentiment basque, d’aucuns se sont demandés si elle ne se rattacherait pas plutôt à d’anciennes croyances et, les premiers, ont commencé à parler d’une stèle « basque », mais sans apporter d’arguments sérieux à ce qui a donné lieu finalement à un discours partisan; c’est ainsi qu’a été avancée l’idée d’une stèle « nationale » basque…
Parallèlement et à la même époque, entre la fin du 19ème et le milieu du 20ème siècle, quelques chercheurs, découvrant les légendes traditionnelles, se rendaient compte qu’elles présentaient des convergences de vues avec des données chrétiennes; en relevant ce qu’ils devaient appeler des ressemblances et plus hardiment des « emprunts », ils se demandaient comment et dans quelle mesure des thèmes propres au Christianisme auraient pu être véhiculés par l’ancienne tradition mais, persuadés qu’ils étaient de l’impossibilité, ils ont fini par en parler comme d’une de ces énigmes du passé, derrière lesquelles on se réfugie d’ordinaire. Néanmoins, et nous devons accorder ce crédit aux uns et aux autres, quelques pistes intéressantes étaient ouvertes dans l’approche de cette tradition et plus particulièrement dans l’approche d’un de ses monuments les plus caractéristiques qu’est la stèle discoïdale, car, dans bien des cas, ils avaient mis le doigt sur ce qu’il est convenu d’appeler des « parallèles »; de sorte que la vérité s’accommodait des divers points de vue, « basque » et chrétien en l’occurrence. L’affaire est en cours, mais tant que l’on ne souscrira pas à l’idée d’une unité transcendante des traditions, d’où la présence de ces mêmes parallèles que cette unité induit obligatoirement, on n’arrivera pas à une solution satisfaisante.
Ces travaux sont dus principalement à Jean-François Cerquand, Inspecteur d’Académie, qui commanda un inventaire du folklore oral basque, à Gil G. Reicher, dont l’intuition soulève toujours d’intéressantes questions sur la mythologie basque, et surtout à l’abbé Jose Miguel de Barandiaran, homme de sciences, dont les travaux sur la stèle et le légendaire basques notamment font autorité; ses études critiques éclairent sensiblement la recherche sur la tradition de ses ancêtres. Comment, de son côté, le public perçoit-il la stèle, aujourd’hui?
« Pierre des morts », on nous dit qu’elle rassemble la communauté sous un dénominateur commun, mystérieux et inéluctable, qui actualise une égalité de condition; elle rappelle, plus simplement, que tous les êtres sont mortels. Pierre des vivants, elle anime les bonnes volontés, le respect de l’autre et de soi-même indispensable à l’équilibre social; un serment prononcé devant elle est un serment tenu, non pour ce qu’elle est à première vue, une simple pierre, mais pour ce qu’elle représente de « mystérieux ». Tout cela est exact et tant que l’on s’en tient au domaine psycho-sociologique l’accord est assez unanime; rien n’empêche, en effet, que la stèle soit étudiée sous ces points de vue-là, de la sociologie, de l’archéologie et autres sciences modernes, mais son but premier n’est pas là et rien n’est résolu quant à l’essentiel de son message. Il faut procéder différemment; monument inspiré par le Ciel, c’est-à-dire par l’Esprit, elle possède de ce fait un réel caractère symbolique, c’est donc sous l’optique de la science des symboles qu’il convient de l’aborder, pour prolonger un peu ce qui précède.