7 – Sur la « croix basque »

par mouscad

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Le point géométrique central représente l’esprit, il est quantitativement nul et n’occupe aucun espace, bien qu’il soit le principe éternel par lequel est produit l’être. La circonférence représente le corps, mortel, elle est également quantitativement nulle, la ligne qui le symbolise n’ayant pas de surface. Le centre et la circonférence sont les « extrémités » de l’être en lequel l’esprit, informel, produit l’âme, et l’âme produit le corps, celui-ci fermant la chaîne de l’être. Le cercle représente l’âme pure, l’âme originelle, l’Ève du premier Jour et c’est sur elle que se superpose l’âme individuelle, représentée par notre croix, qui, en effectuant son mouvement de rotation autour du centre, laisse toujours apparent le fond (en clair) de l’âme première; la tradition métaphysique dit que l’être est un composé tripartite en lequel l’élément intermédiaire fait le lien entre l’universel et l’individuel, autrement dit, entre Dieu et l’homme actuel.
Ces deux « parties » de l’âme incluent tout ce qui a rapport à la dualité, dans tous les domaines, dont le bien et le mal, les genres, tout ce qui constitue la multitude en fin de compte, et ils sont exempts de toutes connotations morales, philosophiques, esthétiques ou autres. En effet, ces couples ne peuvent pas être mis en relation les uns avec les autres, le masculin et le féminin par exemple étant sans rapport aucun avec le bien et le mal, etc…; l’interprétation sentimentale des conditions de l’existence fausse la « lecture » de tout symbole en ce qu’elle ne trouve écho que dans le monde mortel.
Nous avons donc ici deux termes pour symboliser l’âme humaine, un clair et un sombre, qui se complètent beaucoup plus qu’ils ne s’opposent en ce sens que l’un ne peut pas être sans l’autre; le bien, le masculin, l’affirmatif… supposent le mal, le négatif, le féminin… et inversement, ou, d’un mal peut sortir un bien; de même qu’aucun être n’est purement masculin ou purement féminin, c’est ce que veut dire le contraste des quatre « virgules » dans leur mouvement de rotation sur le « fond » fixe de l’âme éternelle. Seule des trois éléments constitutifs de l’être, l’âme est en mouvement: elle reçoit les informations du « dehors », elle commande l’acte en réaction à leurs impulsions, mentales ou intuitives, d’une façon générale elle développe les possibilités qui doivent trouver leur réalisation et c’est là au fond le travail d’Ève, que la tradition judéo-chrétienne développe à partir du mythe de la « Tentation » (Gen.: ch.2). De sorte que le sens de rotation de la croix n’influe pas vraiment sur le symbolisme en général; le mouvement met surtout en évidence le « frottement » de l’âme sur elle-même, si l’on peut s’exprimer ainsi, ce que l’on traduit avec des termes comme, émotions, pulsions, réflexions…, qui sont à la base de l’existence et, de ce point de vue, interviennent dans le destin individuel de l’être.
En fin de compte: l’esprit est immuable, et le corps, ignorant lui-même le bien et le mal, est passif, de par sa nature et il ne produit rien qui lui soit inférieur; seule l’âme sensible à ce monde commande le processus humain, de par sa nature complexe elle incite Adam à « manger de l’arbre » de la Science du bien et du mal, par exemple. Lorsqu’on parle avec juste raison d’une « âme basque », c’est là qu’elle se trouve, de par le choix même que les basques font de ce symbole exprimant parfaitement leur intelligence de l’être, symbole que dès lors on peut dire proprement basque.
Cela n’interdit pas d’autres « lectures » de la croix basque, profanes notamment, mais dont, encore une fois, l’universalité attestée montre qu’elle fixe à la mémoire un certain nombre de renseignements utiles aux réflexions sur les causes premières de cette humanité et les conditions qui sont les siennes.

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