Liberté, Égalité, etc…

par mouscad

Un pipole affichait en français, il y a quelque mois, en caractères gras qui prenaient la moitié de la page: « Liberté, Égalité, Réalité », pour se moquer des français, bien entendu; c’est un sport national chez eux et pourquoi pas, pour une fois que cela ne nous coûte rien.
Mais, franchement, mon frère, il faut être anglais pour écrire une pareille ânerie; qui d’autre aurait songé à la sortir, celle-là, je te le demande? C’est tout simplement qu’un anglais ne peut pas comprendre une suite de mots qui déjà, chacun d’eux pris à part, le dépasse: Liberté, Égalité, Fraternité! Ouatisit! Sa nature s’y oppose, ses gènes l’en empêchent qui se refusent à une approche quelque peu intellectuelle de la chose.
Ce n’est pas que nous n’y croyons pas, à la Liberté, à l’Égalité et à la Fraternité, ce n’est pas ça le sujet, le sujet, ma sœur, est que nous tendons vers cet idéal, nous espérons cet idéal, nous le souhaitons, nous faisons comme si nous possédions cette chose extraordinaire et nous mettons tout en œuvre pour croire nous-mêmes à une invraisemblance; et il n’est parmi nous jusqu’à ceux qui se disent incroyants pour prier que cela nous arrive, pour qu’un jour, on ne sais pas quand d’ailleurs mais on s’en fout, pour qu’un jour donc la Liberté, l’Égalité et la Fraternité règnent sur notre beau Pays. C’est cela, notre Réalité, c’est un projet complètement fou, inscrit en toutes lettres dans notre Constitution et nous y croyons, Nom de Dieu, mais comme Ty-Ty Wadden croit à son or, comme Emma Bovary croit à l’amour, mais comme Vercingétorix et Notre Général Deux Étoiles croyaient en leur Pays et c’est cela qui fait réellement une nation, c’est un projet commun, surtout s’il est irréalisable comme c’est le cas, car c’est cela qui lui donne une certaine envergure, une dimension cosmique, enfin, digne de l’être humain.
Mais, ma sœur, mon frère, je vous prends à témoin: est-ce qu’un anglais n’a jamais eu de cette sorte d’envergure, de cette sorte de spéculation qui dépasserait le seuil de son cerveau de boutiquier! Et il faudrait qu’on les prenne au sérieux, nos excessivement chers amis anglais? On les aime bien, somme toute, jusqu’à la mouquire, mais tout de même…

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