Image et reflets

"Indestructible en l'homme: la nostalgie de l'absolu" (Jean Biès)

nul n’est prophète en son pays…

Un jour, le Christ se rend dans son lieu d’origine, où ses disciples le suivent. Alors qu’il enseigne dans la synagogue, de nombreux auditeurs, frappés d’étonnement, se demandent d’où lui vient son autorité, quelle est cette sagesse qui lui est donnée, que sont ces grands miracles que ses mains réalisent? N’est-il pas le charpentier, fils de Marie? Et ils se scandalisaient à son sujet, mais il leur dit: « Un prophète n’est sans honneur que dans sa patrie, et dans sa maison, et dans sa parenté », et il ne put faire ce jour-là aucun miracle, justement parce qu’il était dans son « lieu d’origine », dans le sein de Dieu où tout est plénitude, où tout et tous sont un, « comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé ».

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Plaçons-nous un instant

au point de vue de ceux qui mettent leur idéal dans le « bien-être » matériel, et qui, à ce titre, se réjouissent de toutes les améliorations apportées à l’existence par le « progrès » moderne; sont-ils bien sûrs de n’être pas dupes ? Est-il vrai que les hommes soient plus heureux aujourd’hui qu’autrefois, parce qu’ils disposent de moyens de communication plus rapides ou d’autres choses de ce genre, parce qu’ils ont une vie plus agitée et plus compliquée ! Il nous semble que c’est tout le contraire: le déséquilibre ne peut être la condition d’un véritable bonheur; d’ailleurs, plus un homme a de besoins, plus il risque de manquer de quelque chose, et par conséquent d’être malheureux; la civilisation moderne vise à multiplier les besoins artificiels, et elle créera toujours plus de besoins qu’elle n’en pourra satisfaire, car, une fois qu’on s’est engagé dans cette voie, il est bien difficile de s’y arrêter, et il n’y a même aucune raison de s’arrêter à un point déterminé. Les hommes ne pouvaient éprouver aucune souffrance d’être privés de choses qui n’existaient pas et auxquelles ils n’avaient jamais songé; maintenant, au contraire, ils souffrent forcément si ces choses leur font défaut, puisqu’ils se sont habitués à les regarder comme nécessaires, et que, en fait, elles leur sont vraiment devenues nécessaires. Aussi s’efforcent-ils, par tous les moyens, d’acquérir ce qui peut leur procurer toutes les satisfactions matérielles, les seules qu’ils soient capables d’apprécier: il ne s’agit que de « gagner de l’argent », parce que c’est là ce qui permet d’obtenir ces choses, et plus on en a, plus on veut en avoir encore, parce qu’on se découvre sans cesse des besoins nouveaux ; et cette passion devient l’unique but de toute la vie… De là l’envie et même la haine dont ceux qui possèdent la richesse sont l’objet de la part de ceux qui en sont dépourvus ; comment des hommes à qui on a prêché les théories « égalitaires » pourraient-ils ne pas se révolter en constatant autour d’eux l’illégalité sous la forme qui doit leur être la plus sensible, parce qu’elle est de l’ordre le plus grossier ? Si la civilisation moderne devait s’écrouler quelque jour sous la poussée des appétits désordonnés qu’elle a fait naître dans la masse, il faudrait être bien aveugle pour n’y pas voir le juste châtiment de son vice fondamental, où pour parler sans aucune phraséologie morale, le « choc en retour » de sa propre action dans le domaine même où elle s’est exercée. Il est dit dans l’Évangile : « Celui qui frappe avec l’épée périra par l’épée » ; celui qui déchaîne les forces brutales de la matière périra écrasé par ces mêmes forces, dont il n’est plus maître lorsqu’il les a imprudemment mises en mouvement, et qu’il ne peut se vanter de retenir indéfiniment dans leur marche fatale … Et l’Évangile dit encore : « Toute maison divisée contre elle-même s’écroulera »; cette parole aussi s’applique exactement au monde moderne, avec sa civilisation matérielle, qui ne peut, par sa nature même, que susciter partout la lutte et la division. La conclusion est trop facile à tirer, et il n’est pas besoin de faire appel à d’autres considérations pour pouvoir, sans crainte de se tromper, prédire à ce monde une fin tragique, à moins qu’un changement radical, allant jusqu’à un véritable retournement, ne survienne à brève échéance.
René Guénon, « La crise du monde moderne », 1927.

traité (complet) de métaphysique

« Il n’y avait rien. Mais le tout était déjà dans le rien » (Jean d’Ormesson).

Maitia, nun zira

Maitia, nun zira? – Bien-aimée, où êtes-vous?
Nik etzütüt itut ikhusten, – Je ne vous vois pas,
Ez berririk jakiten, – Je n’apprends pas de (vos) nouvelles,
Nurat galdü zira? – Où (vous) êtes-vous perdue?
Ala khambiatü da zure deseiña? – Ou bien votre projet est-il changé?
Hitz eman zenereitan, – Vous m’aviez donné votre parole,
Ez behin, bai berritan, – Pas une fois, (mais) oui deux fois,
Enia zinela. – Que vous étiez à moi.
Ohikua nüzü; – Je suis la même qu’autrefois,
Enüzü khambiatü, – Je n’ai pas changé,
Bihotzian beinin hartü, – Car je l’avais pris à cœur,
Eta zü maithatü. – Et vous avez aimé.
Aita jeloskor batek dizü kausatü. – Un père jaloux a causé (mon silence).
Zure ikhustetik, – De vous voir,
Gehiago mintzatzetik – De vous parler davantage
Har’k nizü pribatü. – (C’est) lui (qui) m’a défendu.
Aita jeloskorra! – Père jaloux!
Zük alhaba igorri, – (C’est) vous (qui) avez envoyé votre fille,
Arauz ene ihesi, – Sans doute pour l’éloigner de moi,
Komentü hartara! – Dans ce couvent!
Ar’eta ez ahal da sarthüren serora: – Cependant elle ne se fera pas religieuse:
Fede bedera dügü, – (Car) nous avons chacun notre foi;
Alkharri eman tügü, – Nous nous la sommes réciproquement donnée,
Gaiza segürra da. – C’est (une) chose certaine.
Zamariz igañik, – Monté sur un coursier,
Jin zazkit ikhustera, – Venez me voir,
Ene konsolatzera, – Me consoler,
Aitaren ichilik. – A l’insu de mon père.
Hogei eta laur urthe bazitit betherik: – J’ai vingt quatre ans accomplis:
Urthe baten bürian, – Au bout d’une année,
Nik eztiket ordian – Je n’aurai pas alors
Aitaren acholik. – Souci de mon père.
Alhaba diener – A ceux qui ont des filles,
Erranen dit orori: – Je (leur) dirai à tous:
So’gidaziet eni, – Regardez-moi,
Beha en’erraner; – Écoutez mes paroles:
Gaztetto direlarik untsa diziplina;Tant qu’elles seront jeunes retenez-les bien;
Handitü direnian, – (Car) lorsqu’elles auront grandi,
Berant date ordian, – Il sera (trop) tard alors,
Nik badakit untsa. – Moi, je le sais bien.

Extrait de « Chants populaires du Pays basque », recueillis et publiés avec traduction française par J.-D.-J. Sallaberry – Bayonne, Lamaignère; 1870.
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l’Âme universelle, qui devait épouser le Ciel, a été mise en prison par son Père, jaloux de la voir entichée de ce Garçon. Le Père ne veut pas de ce mariage, il se fera malgré tout, lorsque l’Aimée se libèrera de Lui.

5 – Hava-i’i: L’Unique

Nous parlons de choses que nous ne connaissons que par images interposées; les Prophètes et tous les Envoyés sont obligés de parler par images ou paraboles du Royaume de Dieu auquel cependant ils appartiennent, lequel Royaume nous dépasse infiniment; d’ailleurs, c’est dans sa façon d’exprimer sa vision de sa propre et plus réelle identité que réside le génie d’un peuple, sa vraie nature et sa vraie richesse, et il n’y a en effet que l’analogie et les symboles à cette fin. C’est pourquoi il est dit: « La coquille était comme un œuf qui tournait dans l’espace infini, sans ciel, sans terre, sans mer… » Ta’aroa, principe de la manifestation, est relatif à sa Coquille; il est la plus haute des relativités, mais tandis qu’il est conçu distinctement, la Coquille est absolument inconditionnée, de sorte que la manifestation toute entière est néant au regard de la Coquille. Ceci est en accord parfait avec l’esprit proprement polynésien qui a conçu ainsi sa théorie métaphysique.
La « Coquille », espace infini, tourne dans l’espace infini; c’est une image pour exprimer la première de toutes les distinctions dans l’Univers, distinction donc que nous retrouvons, formulée encore ainsi dans le Chant: « Ta’aroa était tout à fait seul dans sa coquille… il y avait Ta’aroa et lui seul »; au fond, cette Coquille est à « l’espace infini », ce que Ta’aroa est à la Coquille. Ce mode d’expression donne corps à ce qui annonce toutes les distinctions, jusqu’aux plus élémentaires comme sont le bien et le mal, le chaud et le froid, le masculin et le féminin…: Ta’aroa doit nécessairement se distinguer de la Coquille afin d’engendrer le monde, dont l’être vivant qu’est l’homme, notamment.
Et c’est ainsi qu’ « Il (Ta’aroa) prit son épine dorsale pour une chaîne de montagne…, sa chair pour la richesse de la terre…, et le sang de Ta’aroa s’échauffa et s’en fut rougir le ciel et les arcs-en-ciel. Mais la tête de Ta’aroa resta sacrée pour lui, et il continua à vivre avec la même tête sur un corps indestructible. Il était le maître de toutes choses. Il y avait l’expansion et il y avait la croissance. » Son démembrement, ses productions, ne lèsent en rien sa Personne; l’image est commune à nombre de traditions, probablement parce qu’elle est de celles des mieux à même de traduire en langage courant le phénomène incompréhensible de la création.
Il ressort de ceci que Ta’aroa est Un, seul et Unique dans sa « Coquille »: il y a Ta’aroa en tant que Créateur, « avec la même tête sur un corps indestructible », et lui-même en tant qu’éléments distincts de sa création, soit en tant qu’« épine dorsale, chaîne de montagne, chair pour la richesse de la terre… », c’est-à-dire en tant qu’être. Il est Un dans sa Coquille, qui est le Principe de toute chose, car c’est cela au fond que signifie la Coquille, et Il est multiple dans sa création, soit encore: l’être est à Ta’aroa, ce que Ta’aroa est à la Coquille, ou, ce qui fait que l’homme est, essentiellement, la Coquille infinie.

urte berri on!

bonne année, feliz año, كل عام وأنتم بخير , boune anade, happy new year, te matahiti o te api i te oaoa, bonne pipon…
La coutume de l’échange de bons vœux date de la Chute; avant, c’est l’éternité, il n’y a pas d’année qui tienne. Adam donc dit à Ève, pour la première fois: « Bonne année, Ève », qui lui répond, « Merci Adam, vous êtes bien urbain, bonne année à vous même »; ça date de là!
Je vous souhaite à présent une bonne et heureuse année dans le monde profane, ça existe, on fait avec, santé, prospérité, bonne humeur et beaucoup, beaucoup de patience.

Nativité

la Rhune

Je vous souhaite une bonne et lumineuse Nativité:
le nouvel homme nous est donné en la Personne du Christ vivant.
« Je prie qu’il vous donne, conformément à la richesse de sa gloire,
d’être puissamment fortifiés par son Esprit dans votre être intérieur,
de sorte que le Christ habite dans votre cœur par la foi… »
(Lettre aux Éphésiens)

le troisième Commandement

« Notre homme intérieur est constitué d’un esprit et d’une âme. On peut faire de l’esprit le mâle et de l’âme la femelle. Si ces deux éléments s’entendent et s’accordent entre eux, par leur union ils croissent et multiplient; ils engendrent des fils: les bons mouvements, les idées et les pensées profitables, au moyen desquels ils remplissent et dominent la terre » (Origène).
Le premier de ces « bons mouvements » est l’invocation du Nom de Dieu; elle est apparue pour la première fois au temps d’Énosch, il y a une raison à cela, mais « C’est alors que l’on commença à invoquer le nom de l’Éternel » (Genèse: 4;26), ce que reprend Ésaïe (12;4): « Louez l’Éternel, invoquez son nom, publiez ses œuvres parmi les peuples, rappelez la grandeur de son nom! », Sophonie (3;9): « Alors je donnerai aux peuples des lèvres pures afin qu’ils fassent tous appel au nom de l’Éternel pour le servir d’un commun accord »; Joël (2;28/32) prophétise qu’après le déversement de l’Esprit, quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé: « Après cela, je répandrai mon Esprit sur toute chair… Alors quiconque invoquera le nom de l’Éternel sera sauvé », car (Rom.: 10;12-13): « quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé ».
Luther en témoigne: « Or, que sont les bienfaits de Dieu et l’adversité, si ce n’est une exhortation et une incitation incessantes à louer, à honorer et à bénir Dieu, à l’invoquer, lui, et son nom ? En laissant de côté tout le reste, ne serait-il pas pour toi tache suffisante que d’observer ce seul commandement qui te prescrit de bénir, de chanter, de louer et d’honorer sans trêve le nom de Dieu ? Et pour quoi d’autre la langue, la voix, le langage et la bouche auraient-ils étés créés ?… »
Jamais en vain l’âme prie l’Éternel, jamais en vain l’esprit L’invoque, car ce ne sont pas eux qui prient ou invoquent directement Dieu, qui pourrait faire cela, c’est Dieu Lui-même qui parle par la bouche de l’homme: « Dieu est puissant sur toute chose » (Coran: III, 188); et c’est pourquoi la prière et l’invocation de Son Nom Le touchent vraiment (voir ici « On n’adore Dieu que par Dieu », à la date du 27 décembre 2015) .

Il était une fois Adam et Ève…

Selon la première version de la Création biblique, Dieu « fait » l’homme à son image et ressemblance, dans la seconde, il « forme » l’homme de la poussière de la terre, ceci après avoir créé les « animaux » et le « jardin » où il a fait pousser l’« arbre de vie » et l’« arbre de la connaissance du bien et du mal »; Dieu forme l’homme, selon Origène, de la « terre la plus fine », qui est la Substance divine, à laquelle son Souffle donne vie.
Dans la plupart des traditions, le premier homme est « un homme seul », parfois traduit par « l’humanité »; un et éternel, il est en cela l’homme parfait de Jean (3;16, 17;21,…). Adam, l’humanité, est l’androgyne primordial, il représente, chez les Pères notamment, l’esprit, le maître, et Ève, son âme, son conseiller, aidé en cela par les « animaux des champs et de la foret » qui, dans leur genre, sont ses propres pulsions, sentiments, prédispositions…; tous, homme, femme et animaux, participent de la personnalité dont Dieu a doté Adam, parce qu’il n’est pas bon qu’il soit seul. On comprend que toute chose nommée est en puissance dans son principe unique, en quoi Adam n’est pas seul en effet, et c’est précisément parce qu’il n’est pas bon qu’il soit seul, en lui-même aussi bien que seul au monde, que Dieu lui donne de la compagnie. Puis, « L’éternel Dieu donna cet ordre à l’homme:…»; jusque là nous sommes dans le domaine de la manifestation informelle et donc indifférenciée.
Il s’agit maintenant d’un ordre, le contraire d’une invitation, mais il s’agit surtout d’une information: « si tu en manges, tu en mourras ». La consommation de l’arbre en question lui étant soufflée, et bien qu’il ait été prévenu que le jour où il en mangerait, il mourrait, le « serpent » convainc Ève de passer outre.
Or il n’est question, pour le moment, ni de faute, ni de péché, ni de Satan ni de quelque puissance que ce soit qui aurait été contraire ou simplement hostile à Adam au point de lui nuire. Et pourtant, par cet acte volontaire, il va faire connaissance, c’est le mot, de la vie et de la mort, du bien et du mal, du masculin et du féminin…, soit, de toute chose et de son contraire, en sorte qu’il inaugure pratiquement une dualité préexistante, voulue par l’Éternel en ceci qu’il a lui-même créé le monde des espèces contraires, c’est-à-dire le monde de la multitude. Adam n’écoute pas l’Éternel afin d’éprouver par lui-même ce qu’Il met à sa disposition et dans ce sens, c’est Lui, le Tentateur; on pense à IISam.:24, où Dieu commande à David le dénombrement d’Israël, pour, ceci fait, envoyer la peste sur son peuple afin de le punir de lui avoir obéi!; les voies du Seigneur sont insondables, on aimerait parfois comprendre. Car les animaux, qui lui ont été donnés en partage par celui-là même qui lui reproche de les écouter, et qu’Adam, sur son ordre, a « nommé », ce qui veut dire qu’il les a reconnus en tant que tels, n’ont fait que leur devoir d’animaux en manifestant leur participation dans l’accomplissement de la volonté divine. De sorte que le « plus rusé » d’entre eux ne fait que son devoir de plus rusé, sans se soucier, en bon serviteur qu’il est, de ce qu’il est censé révéler à Ève. Lors donc que l’homme, fait à l’image et ressemblance de Dieu, prend conscience de sa nature mixte et entend Ève, sa conseillère, qui connaît d’intuition que l’arbre est beau à regarder et bon à manger, il en mange, mais cette nourriture, qui ne comble jamais, exige au contraire son renouvellement perpétuel. Et la chronologie de l’humanité trouve là son origine, dans la réponse à charnière qu’Adam adresse aux interrogations de l’Éternel, soit, « Le serpent m’a séduite, et j’en ai mangé » et « La femme que tu as mise auprès de moi m’a donné de l’arbre »; c’est ainsi qu’ils connaissent qu’ils sont deux, nus, et qu’ils ont des appétits.
C’est parce que l’Éternel lui en donne la possibilité que l’homme fait ce que nous nommons le bien et le mal – nuance, il faudrait en parler -, dont le péché, manifestant par là son désir d’acquérir la connaissance des Elohim. Or, Jésus dit lui-même que le péché n’existe pas, que ce sont les hommes qui le font exister et à leur seul dépens, mais c’est pour cela que le Père l’envoie parmi eux; le Père l’envoie afin de les détacher des fruits de la Tentation, toujours vains – les meilleurs comme les pires, selon Maître Eckhart – toujours vains, en effet, au regard de la vie éternelle qu’Il leur donne aussi volontiers qu’il leur laisse toute liberté de lui désobéir. Après sa désobéissance donc, assumée, l’Éternel, chose promise, dit à Adam: « C’est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain, jusqu’à ce que tu retournes dans la terre, d’où tu as été pris », et à Ève, « J’augmenterai la souffrance de tes grossesses, tu enfanteras avec douleur… »: de quel travail s’agit-il, de quelles douleurs et surtout, de quel enfantement?
Là de même, sens propre et sens figuré: c’est dans l’effort que l’homme travaille la terre afin de se nourrir, qu’il conçoit et réalise ses projets – bons ou mauvais, ce n’est pas le sujet – et trouve la voie du Salut dans la Parole. Car c’est d’elle qu’il est question avec ce même « pain », celui de la Cène bien évidemment, il est question de cette nourriture spirituelle acquise « à la sueur de son visage » dans la perspective de la terre promise, de cette « terre la plus fine » dont il est fait et qui demande réflexion. Les « grossesses » d’Ève sont ce travail, si bien nommé, qui mobilise l’homme en un vrai combat contre lui-même, travail « intérieur » qu’il accomplit, dans le sillage du Fils, en communion avec l’Esprit Saint, jusqu’à donner naissance à « l’homme nouveau » qu’il est en puissance, jusqu’à donner naissance à lui-même.
Il est nécessaire qu’Adam mange de l’arbre afin qu’il se connaisse dans la totalité de l’état auquel il appartient et qui s’étend – un homme seul -, du Paradis, d’où il s’extrait lui-même à cette fin, au plus profond des enfers où il lui arrive de se fourvoyer, mais où Jésus vient le chercher afin de le ramener en son Paradis. C’est assurément du travail d’Ève qu’il s’agit quand Dieu dit: « A celui qui vaincra je donnerai à manger de l’arbre de vie qui est dans le paradis de Dieu », car c’est l’intuition d’Ève, l’âme pure, la foi, qui sauve, qui sauve certainement celui qui s’est perdu dans le péché et qui se « reprend » (Apoc.:2,1à7), mais avant tout celui qui accepte son existence d’homme, don de Dieu, en ce qu’elle a de meilleur comme en ce qu’elle a de pire.
Manger de l’ « arbre de vie », dans cette optique, est accepter toute chose, dont celles que l’on dit être du bien et du mal, sinon toujours avec détachement, du moins comme étant l’expression de la seule volonté divine; l’Islam, là-dessus, a une doctrine particulièrement éclairante. La création, selon l’Ancienne Alliance, n’a de sens que dans sa résolution dans le Fils qui l’incarne: le credo d’Adam est d’aller à la découverte de lui-même, celui du Nouvel Adam est de lui révéler sa vraie nature, spirituelle; une gravure d’Albrecht Dürer, « Le chevalier, la mort et le diable », illustre parfaitement l’idée de cette humanité à la recherche d’elle-même.
Serait-ce le châtiment de Dieu que de chercher à se connaître soi-même, quitte à passer par toutes les joies, difficultés et souffrances que ce monde présente? Probablement pas, ce serait au contraire une nécessité, celle de réaliser totalement la vie qu’il nous offre en son Fils unique, lequel veut la partager avec nous. À chacun son propre « arbre de la tentation »; quoiqu’il en soit, la réponse est dans la Parole, qui vaut ici et maintenant et elle est, toujours vivante, une fois pour toutes.

 

 

brève de Parvis

« Dieu n’est ni bon ni mauvais, Dieu est et c’est déjà pas mal… Pas mal »