Image et reflets

"Indestructible en l'homme: la nostalgie de l'absolu" (Jean Biès)

Question de principe

« Au commencement était la Parole… »
« 
Au commencement » veut dire à l’instant même, soit, en principe; de même que dans le mythe « il était une fois » ne veut pas dire une fois seulement mais « une fois pour toutes les autres », de même, la Parole n’a pas résonné dans le temps, mais hors du temps et une fois pour toutes: Jésus Christ est venu parmi nous « au commencement » et il règne éternellement; totus homo, totus Deus, signifie que sa Résurrection devait obligatoirement avoir lieu. Comme la parole manifeste le silence, la chair manifeste l’esprit, l’effet la cause…; ce « commencement » est l’aboutissement que se propose la métaphysique traditionnelle.
La métaphysique envisage un Principe, absolu, permanent et inconditionné, que rien ne pénètre et duquel rien ne s’extrait, en quoi il est l’Infini; non qualifié, il est au-delà de toute distinction et ne participe en rien à la manifestation. Le Principe est au-delà de la transcendance et de l’immanence; son vocabulaire varie selon les peuples mais on voit bien que l’idée reste toujours la même.
Denys l’Aréopagite, qui traite longuement du sujet, dit ceci, dans « Théologie mystique » et à propos de ce qu’il appelle la « Cause universelle »: « Elle est située au-delà de l’univers entier…; elle n’est en aucun lieu, elle ne perçoit ni n’est perçue ». Elle échappe aux sens et à tout ce que l’homme est capable de percevoir dans les conditions qui sont les siennes, elle-même ne possède rien de ce qui appartient au sensible. Plus loin, il conclut: « Nous élevant plus haut, nous disons maintenant que cette Cause n’est ni âme ni intelligence; qu’elle ne possède ni imagination, ni opinion, ni raison; qu’elle ne se peut exprimer ni concevoir… Elle ne se tient au calme ni ne possède de puissance… » Personne ne la connaît et elle ne connaît personne. « D’elle on ne peut absolument ni rien affirmer ni rien nier…» Enfin, « Elle n’est rien de ce qui appartient au non-être mais rien non plus de ce qui appartient à l’être ».
Maxime le Confesseur nomme « Sur-Être » la sur-essentielle nature de Dieu, celui qui n’intervient en rien dans le créé. Jean Scot identifie l’Essence divine à la « Nature incréée incréante », différente de la « Nature incréée créante », celle-ci actualisant celle-là sans la modifier.
Maître Eckhart dit de sa « Déité » (Sermon 2): « Dieu lui-même jamais n’y jette un instant le regard et n’y a jamais encore jeté le regard dans la mesure où il se possède selon le mode et la propriété de ses personnes. Voilà qui est facile à comprendre, car cet unique Un est sans mode et sans propriété » et, (Sermon 83): « Tu dois l’aimer en tant qu’il est un Non-Dieu, un Non-Intellect, un Non-Personne, un Non-Image. Plus encore, en tant qu’il est un Un pur…, et dans cet Un nous devons éternellement nous abîmer: du Quelque chose au Néant ». Après lui, la doctrine sera reprise par Suso, Tauler, Nicolas de Cues…
La « Réalité Muhammadienne », l’Unité, considérée en tant qu’elle contient tous les aspects de la Divinité, « est de l’Absolu la surface réverbérante à innombrables facettes qui magnifie toute créature qui s’y mire directement ».
Les Upanishads disent d’Atma qu’il est ce par quoi tout est manifesté et qui n’est soi-même manifesté par rien; on lit, dans les textes anciens, que Brahma réside dans le centre vital de tout être humain quel qu’il soit, ce qui fait dire à l’hindou, sans que cela ne le trouble: « Je suis Brahma » soit, « je suis Brahma du point de vue de Brahma », bien évidemment, et non de son point de vue individuel, ce qui serait folie. C’est en effet dans la tradition hindoue que la doctrine est le plus clairement exprimée, notamment dans cet extrait d’une étude qu’en a donnée René Guénon (voir ici, plus bas, du 17 mai 2015: « Brahma et Îshwara »)
La tradition de l’Ancien Tahiti nomme « Rumia » (Bouleversé) ce par quoi tout est, sans s’impliquer en quoi que ce soit dans tout ce qui est: « La coquille était comme un œuf qui tournait dans l’espace infini, sans ciel, sans terre, sans mer, sans lune, sans soleil, sans étoiles. Tout était dans les ténèbres, c’était une obscurité épaisse et permanente, Rumia était le nom de cette coquille de Ta’aroa (L’Unique) » (tradition orale recueillie à Bora-Bora en 1820 par le pasteur J.M. Orsmond de la Société des Missions de Londres).
Un texte taoïste, parlant de la « Perfection », s’exprime ainsi : « Ne demandez pas si le Principe est dans ceci ou dans cela; Il est dans tous les êtres. C’est pour cela qu’on Lui donne les épithètes de grand, de suprême, d’entier, d’universel, de total… Celui qui a fait que les êtres fussent des êtres, n’est pas Lui-même soumis aux mêmes lois que les êtres… Il est l’auteur des causes et des effets, mais n’est pas les causes et les effets. Il est l’auteur des naissances et des morts, mais est Lui-même au-delà de la vie et de la mort. Tout procède de Lui, et se modifie par et sous Son influence. Il est dans tous les êtres, par une terminaison de norme; mais il n’est pas identique aux êtres, n’étant ni différencié, ni limité» (Tchoang-tseu. ch. XXII ; traduction partielle du P. Wieger, pp. 395).
« Ce que nous appelons être est en fait le non-être, et ce que nous appelons le Non-être est l’Être dans son sens vrai. En sorte que nous vivons dans une grande obscurité. Ce que nous imaginons comme réel n’est pas réel, mais cependant émane du Réel, car le Réel est Tout. Donc, l’Être et le Non-être sont Tao l’un et l’autre, mais surtout n’oublie pas que Tao n’est qu’un son articulé par un être humain et que l’idée en est essentiellement inexprimable » (Henri Borel, « Wu Wei » in: Lao Tseu, « Tao Te King », Lyon, Derain, 1961, p.21).
Il ressort de ceci que la création est rigoureusement nulle au regard du Principe, qui lui est tout ce qu’il y a de plus réel, tout autre que lui étant dans le monde du relatif. « Dieu, selon qu’il est « Dieu », n’est pas la fin ultime de la créature », dit Maître Eckhart, soit: Dieu est relatif à sa « Déité » et à la « Cause universelle » de Denys; Îshwara, la « Personnalité Divine », est une détermination de Brahma; Allah l’Apparent est relatif à Allah le Caché; Ta’aroa, à Rumia… L’expression « Dieu au-delà de Dieu », utilisée par certains commentateurs de Maître Eckhart, exprime au plus près cette conception d’un Inconnu sans quoi le monde ne serait pas, mais qui ne s’implique en rien dans le créé. En d’autres termes, ce que nous percevons avec nos sens est bien réel, dire le contraire serait folie, mais cette réalité n’a de sens précisément et de raison d’être qu’à nos propres yeux et qu’en ce qui nous concerne en tant qu’individus; le Principe, quant à lui, n’a rien en vue, pas plus Dieu que sa créature, et c’est pourquoi Maître Eckhart prie Dieu d’être « dépris de Dieu », afin d’être ce qu’il était lorsqu’il se « tenait » dans sa Déité: « Lorsque j’étais dans ma cause première, je n’avais pas de Dieu et j’étais cause de moi-même »… (Sermon 52); l’homme doit être si pauvre, ajoute-t-il, qu’il ne soit et qu’il n’ait aucun lieu où Dieu puisse opérer, c’est pourquoi il prie Dieu de…
Or, Dieu étant une détermination de la Déité, nous nous trouvons là devant une impossibilité que nous devons bien traduire d’une façon ou d’une autre, avec les facultés et les images dont nous sommes capables, mais quoiqu’il en soit de cette impossibilité, c’est là que se révèle le génie du Christianisme: « Comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais point d’homme! ». L’image est frappante – je demande d’avance pardon aux théologiens si cela les choque, tant mieux s’ils en sourient -, mais comment, vous et moi, qui ne connaissons pas l’Homme, à l’exemple de Marie, comment donc et par quelle sorte de maternité donnerions-nous naissance à « nous-mêmes » qui sommes inconnaissables et qui avons nom « Déité », laquelle, selon Denys, est la simplicité même!
Toujours est-il, c’est de ce Principe qu’elles dépendent, c’est vers ce Principe que tendent toutes les créatures: « Je suis à Dieu ce que le coffre est à celui qui l’a fait: incapable de parler de Lui! »

brève de Parvis

« Imagine un champ de neige, immaculé, qui brille doucement dans le premier matin du monde. Tu fais quoi toi: tu te jettes dedans un gueulant comme un veau, ou tu t’assieds et le regardes, avant qu’un bourrin de ton espèce ne vienne le maculer? »

Dieu pardonne

« Ne désespérez pas de la miséricorde de Dieu. Dieu pardonne tous les péchés » (Coran:39;53), excepté le péché d’association (Coran: 4;116). Même chose selon l’Evangile: « Tout sera pardonné aux enfants des hommes: leurs péchés et les blasphèmes qu’ils auront proférés; mais si quelqu’un blasphème contre l’Esprit Saint, il n’aura jamais de pardon. Il est coupable d’un péché pour toujours » (Marc: 3;28et29 ).
Ce n’est pas l’acte proprement dit qui est à prendre ici en considération, mais l’intention contre l’Esprit de Dieu et notamment la volonté de distinguer quoi que ce soit de ce qui Lui appartient nécessairement en propre, ce qui revient à blasphémer contre l’Esprit Saint; c’est pourquoi Celui qui séduit ceux qui nient et se détournent de leur intuition spirituelle, Celui-là sera précipité sur la terre et ses anges seront précipités avec lui (Apoc.:12;9).

Mathieu 5.3

« Heureux les pauvres en esprit… ».
Celui-là est pauvre, dit Maître Eckhart à ce propos, celui-là est pauvre qui n’a rien, ne sait rien, ne veut rien.
On ne veut pas dire qu’il faut se défaire de tout ce que l’on possède, d’aller nu faire la manche sur la route et s’abriter au gré des circonstances – cela ne veut pas dire non plus qu’il soit implicitement admis d’amasser plus qu’il n’est besoin, à des fins aussi généreuses soient-elles; on veut dire par là de ne pas s’attacher en esprit aux choses de ce monde. Ne rien savoir en esprit, ne rien vraiment retenir de ce savoir que René Guénon appelle la « science des ignorants », c’est-à-dire de tout ce savoir profane accumulé au cours d’une existence et qui, s’anéantissant dans la tombe, est une science vaine. Ne rien vouloir de tout ce qui se peut imaginer, de toutes ces choses qui retiennent l’esprit au lieu de le laisser libre, ouvert au royaume des Cieux.

brève de Parvis

« Il y a des frères à qui il faut des sujets pour qu’ils s’expriment et qu’ils en débattent sans quoi ils dépriment, moi ce sont les sujets qui me dépriment, tu comprends ça toi? Eh bé non, je n’en veux pas de ta bourriche! »

Rugby

Les anglais ont inventé le rugby, un jeu chevaleresque. Or, s’il est un peuple au monde qui n’est pas chevaleresque, c’est bien celui-là même qui a assassiné la chevalerie, on aura compris qu’il s’agit d’Azincourt! Ce que l’on sait moins, si l’on passe sur le fait qu’ils ont utilisé des armes de chasse, on appréciera la veulerie à sa juste mesure, c’est qu’ils ont égorgé les six cent cinquante chevaliers français qu’ils avaient fait prisonniers, la fleur de la Chevalerie, et c’est d’ailleurs sur cette félonie que repose, disent-ils, l’acte fondateur de leur nation; on a fait mieux, dans le genre, mais nul n’y peut rien, c’est dans leur mentalité: Jeanne d’Arc, Mers-el-Kebir…, quand on gène nos excessivement chers amis anglais, ils éliminent: tout dans la nuance! Bref.
Rappelons, pour la bonne forme, que le véritable adversaire du chevalier est lui-même, c’est-à-dire son propre égo, représenté traditionnellement par son adversaire du moment; l’homme lutte jusqu’au bout de ses forces et c’est là-dessus qu’il est jugé, non sur la victoire ou la défaite, qui ne disent rien de l’issue du combat « intérieur » qu’il vient de livrer; il y a des victoires amères et de glorieuses défaites, chose là encore inaccessible à un esprit anglais délibérément individualiste et pragmatique. Et les armes de ce combat, toujours selon la tradition chevaleresque, font corps avec le combattant, ce sont des armes tenues à la main, épée, masse d’arme, hache, lance, et jamais de la vie des armes de chasse qui tuent au loin et au hasard et qui, du reste, avaient été interdites par un pape soucieux des bonnes règles.
Le rugby, qui en découle, est un sport collectif autour d’un ballon, l’âme du jeu, où s’affrontent deux équipes, dans le but de donner le maximum de soi pour contribuer à un combat loyal et dont le public, à défaut de Dieu, en l’occurrence, est seul juge.Et le vocabulaire lui-même rappelle la Chevalerie, avec la « Terre promise », les poteaux de la « Transformation », la passe en arrière qui organise le front sachant que l’âme, la servante, ne précède pas le maître, la « mêlée »…, mais reste-t-il un anglais capable de comprendre ce qu’est la transformation, le passage de l’être entre les « poteaux » de la Dualité, frontière de l’égo qui ouvre sur le Ciel et l’éternité de l’âme? N’en déplaise aux iconoclastes, aux sceptiques et autres mal élevés, ce jeu ne se soucie pas du résultat: gagner, perdre, n’a pas de sens en soi, ce n’est pas le sujet, l’important étant de « bien » jouer, et c’est là d’ailleurs que se justifie la « troisième » mi-temps, où l’on s’explique sur son jeu, où l’on critique en positif et en négatif telle et telle action, où l’on refait le match. C’est cela, le rugby. Et quand on voit ces grands garçons, en bonne santé, pleurer le cul dans l’herbe pour un match perdu, ou se congratuler, sauter comme des cabris pour un essai, on se met à regretter le rugby des villages, cette heureuse époque où l’on jouait pour jouer, de façon totalement désintéressée, oui, comme des chevaliers qu’étaient ces paysans, charrons, clercs de notaires, curés, instituteurs, ouvriers…, tous confondus, partageant un même esprit et dans le respect de la personne, même s’il y avait, emportés par l’élan, quelques coups de poings qui volaient bas tous d’humeur passagère. « Mont-Joie Saint-Denis! », pour le plaisir, pour le sport: pour la chevalerie, Nom de Dieu!
Les zôtres n’ont qu’à jouer au foot c’est-à-dire au ballon prisonnier, un jeu anglais tiens!

6 – Sur la « croix basque »

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Toutes les traditions spirituelles envisagent l’être dans ses trois éléments constitutifs que sont, l’esprit, l’âme et le corps. Pour préciser un peu, l’esprit, représenté par le point central, est éternel, immuable il appartient au monde de l’universel; le corps, mortel, est figuré par la circonférence, il appartient au monde de l’individuel, enfin l’âme ou monde psychique, le cercle, fait le lien entre l’esprit et le corps, elle est, en tant qu’intermédiaire, le plus complexe de ces trois éléments en ce qu’elle touche simultanément au Ciel et à la terre, sachant que le « monde » de l’universel est inaccessible au monde de l’individuel.
Le point central et la circonférence n’ont pas de surface, ce qui veut dire que l’esprit, purement spirituel donc, et le corps, mortel et par là illusoire par rapport à l’esprit, ouvre et ferme respectivement l’existence de l’être, sans oublier que l’un et l’autre sont toujours distincts; ainsi, selon la tradition chrétienne, le Christ, « totus homo, totus Deus », est en effet tout homme en tant qu’homme, et tout Dieu en tant que Dieu, sans que son humanité ne se confonde avec sa divinité. L’être, humain ou autre d’ailleurs, est donc dans une dépendance totale vis-à-vis du Centre ou Principe, « hors duquel il n’y a rien, absolument rien qui existe » (René Guénon); ce signe constitue le « socle » de la croix basque, c’est là dessus que repose tout son symbolisme.

Image et reflets

L’Image est une conception de l’Absolu, c’est-à-dire une conception de ce qui est inconcevable, et les reflets manifestent cette Image: autant d’êtres, autant de reflets. La métaphysique s’adosse à un raisonnement par l’absurde qui est de vouloir représenter ce qui est à la fois tout et rien, le Néant et l’Infini, ce sur quoi nul ne peut rigoureusement rien dire; c’est d’ailleurs ce qui amène à ces types de voies spirituelles qui, selon, se recommandent de la connaissance pure ou de l’ignorance « étoilée », lesquelles en fin de compte se rejoignent intimement. La métaphysique occidentale, née avec le Christ, lui-même Dieu et homme, est l’œuvre notamment des « Ymagiers », ces métaphysiciens qui suggèrent, qui séduisent l’âme par la forme et la couleur, qui attirent notre attention sur ce dont il y est question, c’est-à-dire sur nous mêmes dans ce que nous avons de plus réel: « Indestructible en l’homme: la nostalgie de l’Absolu ».
C’est à se demander, inversement, si l’absurdité ne serait pas du côté des reflets, la Réalité leur étant inaccessible, fort heureusement, d’ailleurs, car nous serions capables d’y mettre là aussi la pagaille.

le mal français

La grande Ville n’a jamais admis que la campagne ne l’ait pas suivie dans sa Révolution et elle ne le lui pardonnera jamais. Depuis 1793, elle met la terre en coupe claire, la spolie, lui prend ses enfants pour faire ses guerres – deux « poilus » sur trois étaient des paysans – l’étrangle humainement, financièrement; tous les jours un agriculteur se suicide de désespoir, et elle en demande encore et encore, toujours davantage, sans se rendre compte, le comble, qu’elle mourra elle-même en versant un sang qui n’est pas le sien mais qui la fait vivre: c’est révoltant. Et elle voudrait nous faire croire qu’elle nous a libéré, mais libéré de quoi!

le « collier coquillages »

collierLe « collier coquillages » est une tradition dont la signification originelle s’est perdue, mais qui se poursuit toujours dans la forme; lorsqu’il quitte Tahiti, le voyageur se voit offrir ce type de colliers afin qu’il se souvienne. Il découle du « chapelet », objet de piété bien connu que la plupart des civilisations anciennes ont pratiqué, mais il est surtout un rappel de la théorie des états multiples de l’être, son âme, éternelle, étant figurée par la cordelette qui les réunit tous; il est donc utilisé aux fins ordinaires de la religion, mais aussi dans certaines initiations et degrés supérieurs de la spiritualité.
Il fait allusion au symbolisme du « bernard l’ermite », qui change de coquille au fur et à mesure de sa croissance, symbolisme que la tradition tahitienne a développé au plus haut degré; le « bernard l’ermite » utilise des coquilles vides pour se protéger de ses prédateurs, quitte, d’ailleurs, à déloger l’éventuel occupant de celle qu’il cherche à investir. C’est donc, pratiquement, l’ensemble de ses diverses coquilles par lesquelles le bernard l’ermite est passé que réunit ce collier.
Il rappelle, de par sa conception, cette même théorie que les sociétés occidentales ont oubliée et qui est basée, précisément, sur le « souvenir », tel que l’entend notamment le Psaume 137, « … en nous souvenant de Sion », ou l’Apocalypse (2;1à10), « Souviens-toi donc d’où tu es tombé… », ou encore, dans un Chant tahitien de « La création du monde », où cette sorte de souvenir est ainsi formulé: « Mais voici le nom des personnages qui étaient en lui-même (Taaroa): mémoire, pensée, regard fixe et observation; ces personnages connaissaient la terre », qui se lit: ces « personnages » connaissaient la Terre « avant » qu’elle ne soit Terre, car c’est d’elle que tout être provient et c’est vers elle, de par cette sorte spirituelle de souvenir – la nostalgie de l’Absolu -, que tout être retourne.
Ainsi les « coquilles » du collier, réunies par la « cordelette » de l’âme éternelle, représentent les états multiples par lesquels l’être passe afin d’accomplir tout son destin d’être, ces états étant eux-mêmes en simultanéité, comme il en est dans l’Absolu.