Image et reflets

"Indestructible en l'homme: la nostalgie de l'absolu" (Jean Biès)

insignifiant

Il est un petit mot du genre féminin qui ne se dit qu’à Bayonne: « yoye ».
Une « yoye » est une petite chose qui ne vaut pas grand chose, mais pour laquelle on éprouve une certaine affection. C’est un objet, la plupart du temps, que l’on aime avoir dans sa poche ou sur sa cheminée; il est plus précisément entendu à Mousserolles, au Saint-Esprit et aux Allées-Marines, c’est-à-dire dans les quartiers-bas de la ville, par opposition aux « Hauts-Quartiers » que Paul Gadenne n’aimait pas beaucoup. Bref. Tu vois Humphrey Bogart, dans « Ouragan sur le Caine », et bien ses billes de roulements n’entrent déjà plus dans la catégorie des « yoyes » parce qu’elles ont un rôle thérapeutique qui dépasse le domaine de la « yoye », lequel est purement esthétique; le commandant Queeg n’aime pas ses billes, elles lui servent de médicament, tandis que si l’on aime bien une « yoye » c’est uniquement pour ce qu’elle est: quelque chose d’insignifiant – il en est dont on ne sait même pas à quoi ça sert – que l’on aurait quelques difficulté à laisser de côté; son champ d’application étant sans limite, il sera beaucoup plus simple d’établir le catalogue des choses essentielles.

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9 – Sur la « croix basque »

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Selon les points de vue sur l’être, qui peuveut être très différents, la croix est foncée ou claire; conventionnellement, le blanc correspond à la Lumière et le noir aux Ténèbres, sachant que c’est la Lumière qui manifeste les Ténèbres (« Que la lumière soit! ») qui de la sorte lui sont logiquement antérieures et donc spirituellement supérieures, et non l’inverse, ce qui est impossible. La partie fixe, le fond, est immuable, permanent, c’est l’éternité « biblique », et la partie mobile, parce que mobile précisément, va avec ce qui est transitoire, comme est la vie. Ces deux états, de non manifestation du principe et de sa manifestation, sont en simultanéité dans le principe lui-même; c’est nous, en tant qu’êtres manifestés, qui faisons la différence, mais le principe est dans la permanence, dans ce que René Guénon appelle « l’indistinction principielle ». L’origine et la fin de l’être est là: l’être en soi est l’Infini, on dit qu’il demeure dans les Ténèbres « supérieures », en lequel l’être et le non-être… n’ont pas de raison d’être; on atteint là à la limite du monde rationnel et fort heureusement car l’inverse ruinerait toute transcendance.
Selon donc que la croix, mobile, en blanc, tourne sur un fond noir, l’être est observé du point de vue de son principe, inversement, la croix noire tournant sur le fond blanc montre l’actualité de l’être vivant dans son mouvement de rotation dans l’Univers métaphysique, blanc parce qu’observé du point de vue de sa manifestion; la simultanéité des états de l’être apparait dans l’inversion des couleurs, ce qui est en haut étant comme ce qui est en bas et inversement.

3 – Hava-i’i: la « Nuit » et le « Jour »

« La nuit était pour les Dieux et le jour pour les hommes. C’est seulement dans la nuit que les Dieux naquirent, après que la lumière ait été faite dans le monde » (Teuira Henry, « Tahiti aux temps anciens », ch. « Érection du Ciel de Rumia », p.426).

La métaphysique universelle pose que la « Nuit » ou domaine du non-manifesté, est le domaine des Dieux, et que le « Jour », domaine du manifesté, est celui du monde et des hommes, ce qui signifie la supériorité de cette Nuit sur ce Jour, mais c’est le « Jour » qui manifeste la « Nuit », car il n’y aurait pas de Nuit si le Jour ne devait pas être effectif. En d’autres termes, Dieu est parce qu’il y a création, avec, d’ailleurs, tout ce que cela implique concernant la Libération de l’être et le Salut de l’âme. C’est en cela que la « Coquille » Rumia, en qui sont les Dieux et les hommes, est logiquement antérieure à eux, étant elle-même au-delà du manifesté et du non-manifesté.
La « Coquille » de la tradition des Anciens tahitiens est la métaphysique pure, elle est au delà de l’Être et du Non-Être en ce qu’elle les contient en principe, précisément, toutefois il est intéressant de noter ici que les Dieux sont logiquement postérieurs aux hommes, tant du moins que ces « hommes » demeurent effectivement dans la « Coquille », ce qui voudrait dire qu’ils y sont en tant que Dieux, « avant » de naitre au monde actuel en tant qu’hommes.

8 – Sur la « croix basque »

La croix basque, tout en courbes, se construit à partir de deux axes rectangulaires, et c’est de là d’ailleurs qu’elle tient en partie son nom. Sur le fond, elle s’apparente à la croix ordinaire en ce que l’on retrouve chez l’une et l’autre les trois éléments qui constituent l’être humain. La croix distingue le monde spirituel, éternel, avec la branche verticale, et le monde humain, temporel, avec la branche horizontale; le Christ est au centre, tout homme et tout Dieu, faisant le lien entre ces deux mondes en tant que Fils du Ciel et de la terre, en tant que Médiateur… La branche horizontale ne distingue pas l’âme et le corps, bien qu’ils y soient présents, par contre, ils apparaissent distinctement dans la croix de Lorraine. On a vu, de son côté, que la croix basque les contenaient dans sa constitution même avec le point central, la circonférence et le cercle. On peut donc dire, bien que de conceptions différentes, que la croix ordinaire et la croix basque sont équivalentes en ce qu’elles mettent en lumière, respectivement et chacune à sa façon, les trois éléments constitutifs de l’être humain et de l’être basque en particulier, car c’est bien en cela avant tout que cet être est essentiellement basque, c’est-à-dire en tant qu’esprit, âme et corps.
L’esprit, éternel, est un; universel il se rapporte à l’Esprit de Dieu, l’Esprit Saint, celui qui donne la vie, c’est lui qui produit l’âme. Le corps, mortel, en bout de chaîne humaine si l’on peut dire, ne produit rien sinon lui-même, ce qui n’ajoute rien à son état. L’âme, mais là aussi il en a déjà été question, produit le corps, elle fait le lien entre le Ciel et la terre en ce qu’elle touche à l’un et à l’autre. L’intérêt majeur de la croix basque vient de ce qu’elle est la seule, avec le swastika son jumeau, à mettre en évidence le symbolisme de la destinée humaine, avec ceci en plus qu’elle met l’accent sur l’âme humaine « idéale », celle du premier homme avant la Chute, âme d’Adam donc, en prise directe sur l’universel et l’individuel, ce qui met en évidence son parfait équilibre.

brève de Parvis

« Dans le temps, quand on te disait quelques chose d’un peu intelligent que tu ne comprenais pas, tu passais pour un imbécile, à présent, quand tu dis quelques chose qu’on ne comprend pas, c’est toi qui passe pour un imbécile »

le Chevalier, la Mort et le Diable…

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Adam, Chevalier vieillissant, « sans peur et sans reproche », est plongé dans les saligues de son âme tourmentée. Son château fort originel s’éloigne dans le ciel, va-t-il le perdre de vue?, mais il a conquis sa toison, cet habit de peau que l’Éternel lui a donné et il sait maintenant qu’il va mourir, comme Il le lui a dit, en clair: « si tu en manges, tu en mourras »; l’information s’avérait exacte, il n’en avait jamais douté. D’aucuns croient que l’Éternel l’a chassé du Paradis pour le punir de Lui avoir désobéi, c’est un point de vue, évidemment, mais en réalité, en mangeant volontairement de l’Arbre de la connaissance du bien et du mal, il demande à voir ce qu’il y a derrière et il assume; maintenant, ses compagnons de route que sont désormais la Mort et le Diable, sont là pour le lui rappeler. C’est le sujet de ses réflexions, il regarde droit devant lui et il pense.
Je veux savoir ce que sont la vie et la mort; j’avais le choix, je l’ai fait, la Mort me le rappelle, avec son sablier, je l’avais bien comprise mais de toute façon ma vie est ailleurs, je ne fais ici que passer. Et l’autre, derrière moi, l’unicorne, lui aussi croit que je ne l’ai pas vu! Il a perdu la corne du Bien qu’il avait sous le nom de Satan, reste le Diable, qui voudrait me faire peur! Lis donc l’Apocalypse, ce Livre te concerne.
Mais le plus curieux, dans mon affaire, c’est la salamandre, sous les pieds de mon cheval: tout le monde va de l’avant, vers le Couchant, sauf elle qui remonte au Levant, d’où je viens… Elle passe au milieu des passions sans se bruler, elle va vers le Paradis par le plus court chemin. Elle est un peu moi, au fond, en tout cas je me reconnais en elle, quelque chose qui brule sans bruler et qui est éternel, quelque chose de caché…

le Magicien

I - le Bateleur

Le Magicien est un adulte, et non plus le Démiurge en devenir du tarot de Marseille qui vient de monter ses tréteaux: « Approchez m’sieudames… » Son habit rouge et vert le situe dans la vie, rien que dans la vie la preuve en est, l’Apocalypse retrace son enterrement officiel avec force et fracas; celui-ci provient du tarot dit des Visconti.
Il est assis, avec tous les signes de la respectabilité, sur son coffre plein de choses de tous ordres, afin de répondre aux demandes des gens qui le détestent ou au contraire se mettent volontiers à son service; il répond à tout et à tous, par le faux et par le vrai, lui-même n’en ayant cure – est-il seulement capable de faire la distinction ?
Le bâton, dans sa main, veut dire qu’il frappe aussi souvent qu’il offre à boire, tandis que son autre main puise dans son trésor. Son travail? Avec le bâton, la coupe, le denier et l’épée, il punit et encourage, sollicite et assouvit les vices de ses patients, flatte leurs tendances selon leur nature, ennorgueillit la générosité et l’intelligence, délecte la méchanceté et le pardon, comble l’avarice et la sensualité, gonfle l’amour et la haine, flatte les imaginations, où il puise la sienne car il n’en a aucune tant il est nul. Ainsi il sert la coupe à l’alcoolique, il distribue ses deniers à l’avare et au tyran, il use de l’épée pour frapper coupables et innocents, de face et dans le dos indifféremment du moment qu’il tue, il comble ses sujets ou les prive de plaisirs…, à telle enseigne que le Décalogue a été fait uniquement pour le contrer, qui dit: tu ne tueras point, tu ne commettras point d’adultère, tu ne porteras pas de faux témoignages…: c’est contre lui que la Bible a écrit cela, c’est dire sa puissance. Mais, et c’est le Christ qui le dit, en Marc: « Tout sera pardonné aux enfants des hommes… » et en effet, que faire d’autre contre un pareil adversaire sinon pardonner ceux qu’il séduit ou élimine?

brève de Parvis

« Il y a ceux qui descendent de l’arbre en passant par le singe, c’est ce qu’ils disent, et il y a ceux qui descendent d’Adam en passant par l’arbre de la connaissance, moi c’est différent je suis basque »

le Bateleur

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Le Bateleur, première lame majeure du tarot de Marseille, est l’unique acteur et en même temps celui à qui s’adresse le jeu complet; en d’autres termes, il est l’image que réfléchit le miroir de celui qui le regarde et qui dès lors peut se dire: je suis le Bateleur, le tarot est l’image de ma route, il est le film de ma vie sur cette terre; chaque lame représente un élément majeur de ma vie, dont l’aboutissement est représenté par le Mat, qui se rapporte lui-même à mon « au-delà ». Le Bateleur ouvre la porte sur le monde actuel, le Fou en ferme la porte, il n’est plus de ce monde de la raison, il a dépassé le Monde. C’est là un enseignement, parmi bien d’autres, que nous délivre le moyen-âge.
Le Bateleur est un illusionniste, qui nous ferait prendre les vessies pour des lanternes. Il est charmeur, abrupt, susceptible de distribuer le bien et le mal selon on ne sait quels critères, sa présence est insaisissable, il est souple et retors, intuitif et obstiné, il n’aime ni ne hait…, en deux mots, il est toute chose et son contraire, il est ou représente l’âme du premier homme. Parce qu’il est une âme d’enfant qui se cherche, dont la gentillesse et la méchanceté naturelles ne se forcent ni ne calculent, il vit l’instant présent, immobile.
Ne cherche pas quelque chose de profond ou d’élevé chez lui, il est tout cela en puissance, mais rien de tout cela ne se distingue en lui et cela lui suffit; il découvre le monde en être totalement libre, spectateur, il attend quelque chose, mais il commencera à se poser des questions en découvrant la Papesse.

Exode 3,14

La loi fondamentale de la métaphysique reconnaît l’identité de l’être et du connaître: je sais ce que je suis, parce que je suis ce que je sais; le Fils est Dieu parce qu’il le connait et il le connait parce qu’il est Dieu lui-même: « Je suis celui qui suis ». Or, Dieu seul se connaît, car seul Dieu est, autrement dit, nul ne le connaît si ce n’est lui-même.
C’est vers cela que tout homme tend, vers la connaissance de soi-même dans la totalité de son être, corps, âme et esprit, et ce par des chemins que Dieu seul connaît: toute autre forme de connaissance est fausse, virtuelle, incomplète, quelle que soit sa nature elle ne signifie rien de profond.